One Piece en France

One Piece. Voilà un nom qui n’évoque pas forcément grand-chose aux oreilles du grand public français. Aux oreilles de l’amateur de productions japonaises, c'est autre chose. Malgré cela, c’est un nom qui n'égale pas encore tout à fait dans l’hexagone en termes de réputation les deux vaches à lait de l’édition française de manga, à savoir Dragon Ball Z, et plus récemment, Naruto. Pourtant One Piece est sans doute l’un des mangas les plus marquants de sa génération et de son genre, flirtant sans cesse entre humour décapant, action et émotion, sans cesse tourné au second degré. Alors que cette œuvre a depuis longtemps conquis et submergé l’archipel nippon, qu’en est-il de sa relation avec la France ?

Tout d’abord, quelle est la situation de One Piece dans notre marché ?
En terme de chiffres, voici le classement depuis 3 ans des plus gros tirages pour un volume de manga par titre en France.
- En 2006 : 1. Naruto : 130 000 / 2. Samourai Deeper Kyo : 80 000 / 3. Full Metal Alchemist : 80 000 … 11. One Piece : 58 000.
- Pour 2007, voici le classement : 1. Naruto : 220 000 / 2.Death Note : 137 000 / 3.DBZ : 120 000…. 8 : One Piece : 65 000.
- Enfin 2008 : 1.Naruto : 220 000 / 2.Death Note : 180 000 / 3.Full Metal Alchemist : 90 000 / 4.One Piece : 72 800.
Si l’on prend les chiffres cumulés cette fois ci de ventes d’exemplaires en France de manga de l’éditeur Glénat de séries depuis leur première publication :
DBZ : 17 000 000 / Naruto : 5 000 000 / One Piece : 2 000 000.
Première constatation : si One Piece n’est pas le manga le plus connu, il n’en reste pas moins l’une des valeurs sûres du marché hexagonal. En effet, il se situe dans la collection Glénat largement devant un Gunnm ou un Bleach (respectivement 1 300 000 et 700 000 exemplaires vendus). Pourtant, on ne peut qu’être étonné de la distance qui existe entre un One Piece et un Naruto.
En effet, One Piece a été publié pour la première fois en France par l’éditeur Glenat en 2000 tandis que les aventures du ninja orange le furent par Kana, en 2002. Soit un écart de 2 ans à combler pour l’actuel manga à succès. Et pourtant à peine 3 ans après sa première parution dans l’hexagone, Naruto voit déjà ses tirages (110 000) être deux fois supérieurs à ceux de One Piece (55 000). Comment expliquer un tel écart ?
Ce qui nous amène à poser la question de ce chiffre gigantesque : 140 000 000. Ce chiffre représente le nombre de volumes écoulés de One Piece de 1997 (sa première prépublication dans Shonen Jump) à fin 2008 au japon. À titre de comparaison, dans le même catalogue, Dragon Ball représente 150 000 000 volumes, et Naruto « seulement » 89 000 000 volumes.
Tout de suite l’on se rend compte de l’écart qui existe entre le marché nippon et francophone. Ainsi, s’il y a pratiquement autant de tomes de DBZ que de tomes de One Piece vendus au Japon, en France, le ratio est de 8 pour 1. A contrario, Naruto est loin de connaitre un succès similaire au manga d'eiichiro ODA, avec un ratio de 1 pour 2 au japon. Aujourd’hui encore, si l’on se réfère au tout dernier classement nippon des ventes cumulées de 2008, One Piece demeure en tête avec 5 956 540 volumes vendus, suivi par Naruto (4 261 054) et enfin 20th Century Boy (3 710 054). Bref One Piece peut être considéré comme LE carton manga du moment au japon.
Quelle analyse tirer de ces constatations? Comment se fait-il que le marché francophone, connaisse cette différence ? Pourquoi One Piece ne fait-il pas autant de chiffre qu’un Naruto et un Dragon Ball Z ?

Il semble déjà que l’une des explications les plus simples soit le manque d’exposition télévisuelle. En effet, si les 52 premiers épisodes furent licenciés en 2003 par AB Distribution - qui fournit une adaptation de faible qualité avec un doublage VF jugé plus que médiocre dans son ensemble - un litige juridique entre la Toei et l’éditeur francophone stoppa l’acquisition des droits de la série. Celle-ci n’a du coup été que très peu diffusée sur les chaines télévisuelles, à l'inverse de DBZ qui a pu bénéficier du buzz enfanté par sa diffusion au Club Do’, et de Naruto, qui est devenu le fer de lance de la chaine Game One.
Ce manque de diffusion l’a inévitablement privé d’un lectorat potentiel chez les jeunes. Pour l’exemple, il n’y a qu’à voir l’évolution du nombre de tirages des volumes de Naruto entre 2006 et 2007 (Naruto a été diffusé a partir de janvier 2006 sur Game One qui a vu dès lors son audience sur cette tranche horaire doubler) : il a été multiplié par deux. Concernant One Piece, incapable de fournir un volume d’épisodes suffisants, la série animée n’a jamais pu rencontrer de succès sur la longueur. Il est d’ailleurs intéressant de faire le parallèle avec Bleach dont seulement 2 saisons ont été licenciées et diffusées pour l’instant, et qui stagne en terme de ventes dans sa version papier (autour de 50 000 tirages annuels).
Cependant, la situation pourrait être amenée à évoluer pour One Piece : Kana a depuis mars 2008, acquis la licence des 143 premiers épisodes - soit l’équivalent de 5 saisons. En effet, en avril 2008, la chaine de télévision Virgin 17 décide de mettre One Piece sur sa grille de programme. Las, 13 épisodes plus tard, la chaine de la TNT décidait d’interrompre cette diffusion. Toutefois une nouvelle reprogrammation de la série par cette même chaine serait prévue en janvier 2009, directement à partir de la 3ème saison. Décision étrange, car on peut facilement imaginer que les spectateurs qui ne lisent pas le manga soient légérement perdu dans le scénario au départ.

Du coté obscur de la toile en général, One Piece n'a pas bénéficié d'un écho aussi immense que les séries blockbuster (même s'il boxe dans la même catégorie). En effet, là où Naruto a bénéficié d’un buzz énorme dans la communauté du net, avec un engouement sans précédent du fansub, qui contribua ainsi largement à sa popularité, la série d’ODA n’a pas bénéficié du même phénoméne. Alors que l’exposition sur internet des épisodes aurait pu compenser la non diffusion des saisons non licenciées par AB Distribution, les internautes rencontraient bien des difficultés à visualiser leur série.
Autre explication : One Piece est loin de bénéficier des mêmes budgets des 2 shonens cités ci-dessus en terme de marketing / publicité / communication. En effet, là ou un jeu sur PS3 de DBZ fait la Une des affiches des métros parisiens, tout comme est annoncé sur ce même support la diffusion de Naruto Shippuden sur Game One, One Piece doit le plus souvent se contenter de petits encarts publicitaires sur les vitrines de magasins. Si l’on prend le marché des jeux vidéo en exemple, voici ce que l’on constate : sur 30 jeux One Piece qui existent (un même titre pouvant être décliné sur plusieurs consoles) seuls 4 ont connu une vente sur le marché francophone. À titre de comparaison, DBZ, c’est 66 jeux développés, pour 34 vendus en France. Pour Naruto, le ratio est lui de 38/17. Le constat est clair, One Piece est moins vendeur dans l’esprit des éditeurs de jeux vidéo, cette production est avant tout considérée comme un manga à succés, mais pas comme un titre pouvant rapporter via l’exploitation de produits dérivés. D’où des investissements marketings peu élevés.
Autre critère d’éventuelle nuisance au titre, et non des moindres s’agissant de One Piece, concerne le style artistique même de l’œuvre. En effet le style d'Eiichiro ODA est souvent sujet à polémique. Les décors ainsi que le charadesign sont considérés comme étant cartoonesques pour les uns, repoussants pour les autres. Il est souvent facteur d’un rejet de prime abord du lecteur ou téléspectateur. Or One Piece nécessite une lecture sur le long terme pour être apprécié à sa juste valeur.
En définitive, même si One Piece boxe dans la catégorie poids-lourd des shonen-fleuves, il s’agit tout de même d’une série atypique. En effet, elle est très similaire à l’esprit du Dragon Ball des 14 premiers tomes d’Akira Toriyama (d'ou le cross over de l'année précédente) . Moins axé sur la violence et les combats spectaculaires que ses concurrents directs (en effet, l'univers exposé est tellement vaste, fait appel à tellement de personnages que les phases de combats prennent une importance moindre dans la narration), il n’est pas si facile d’accès pour tout individu qui n'apprécie pas un minimum le second degré. One Piece s'adresse donc à un public finalement moins large qu’un Naruto, son humour et son style le rendant moins accessible aux adolescents à la recherche de poussées de testostérones.
Après tout, au bout de 50 tomes, nous ne serions qu’a la moitié de la série. Luffy et consort ont donc plus de 10 ans pour conquérir définitivement la France et détrôner ses concurrents.

Sources :
http://www.glenatmanga.com/histoire-du-manga-5.asp
http://www.monsterup.com/upload/1229417968.jpg
http://www.acbd.fr/les-bilans-de-l-acbd.html
http://www.comipress.com/article/2006/06/01/196
http://www.animeland.com/news/voir/1026/Inedits-de-One-Piece-en-janvier
http://www.toutelatele.com/breve.php3?id_breve=2970
http://www.jeuxvideo.com
http://fr.wikipedia.org/wiki/One_Piece
http://comipress.com/article/2008/12/31/3733
- Article publié par beber



