Vinland Saga T3 - Les Vikings passent à l'attaque
Marre de manger de l'heroic fantasy truffée d'elfes candides à forte poitrine et de magiciens noirs sociopathes ? Envie d’un récit documenté, de réalisme cru et de guerriers médiévaux cheveux au vent ? C'est votre jour de chance puisque Makoto YUKIMURA et son Vinland Saga est là pour vous satisfaire. Par le passé, ce jeune auteur nous avait déjà gratifiés de l’excellent PlanetES, court manga de science-fiction adapté en série TV en 2003. Cette fois, YUKIMURA change totalement d’univers et s’attaque à une saga historique prenant pour héros un valeureux Viking, Thorfinn, né à la toute fin du Xe siècle en Islande. Initié en 2005, le manga compte pour le moment sept volumes dont trois publiés en France par Kurokawa. Présentons rapidement la série avant de nous lancer dans la critique du troisième tome.
Vinland Saga traite pour le moment de l’invasion de l’Angleterre par les Vikings danois au début du XIe siècle. L’auteur s’est inspiré de vieux manuscrits islandais et s’est visiblement très documenté sur tout ce qui tourne autour des Vikings, explorateurs-commerçants-pillards scandinaves (au sens large : Norvégiens, Suédois, Danois et Islandais). Dans son manga, YUKIMURA n’hésite d’ailleurs pas à proposer cartes, dates et annotations en bas de page pour aider le lecteur à appréhender cette Europe médiévale en guerre.
Mais attention, Vinland Saga reste une œuvre de fiction. Une trame plus romancée se greffe donc par-dessus cette invasion historique : le récit d'une vengeance. Alors qu’il est encore tout gamin, Thorfinn voit son colosse de père mourir sous ses yeux. Le garçon ne pense alors qu’à une chose : trucider Askelaad, le chef des meurtriers de son paternel. Thorfinn parvient à s’infiltrer sur leur navire et déclare vouloir venger son père lors d’un combat singulier. Evidemment, il est trop jeune pour avoir la moindre chance contre Askelaad mais ce dernier s’amuse de son sens de l’honneur et l'accepte dans son équipage en attendant qu’il grandisse.
Le troisième tome nous emmène en 1008, à l’est de l’Angleterre. Isolé du reste des mercenaires Vikings, Thorfinn est poursuivi par des soldats et des chiens anglais. Blessé, il finit par semer ses poursuivants mais tombe dans une rivière où il perd connaissance. Il est finalement découvert et recueilli par une Anglaise et sa fille dans une ferme. Il rejoindra ensuite sa troupe pour partir cinq ans plus tard à l'assaut de Londres (saut dans la chronologie), une grosse poche de résistance défendue par un traître Viking, le roi anglais ayant déjà pris la fuite. La fin de ce troisième prend la forme d'un interlude. De retour en Islande, on découvre le difficile quotidien de la famille de Thorfinn épargnée par la guerre mais privée d'homme à la maison. La mère de notre héros est malade et c'est sa soeur Ylva - une dure à cuire - qui s'occupe courageusement de tout.
Beaucoup de combats particulièrement violents émaillent ce volume. Sans atteindre la trashitude d'un Berserk, le sang coule à flot, des doigts et des têtes sont coupés, etc. Le viol d'une Anglaise par une bande de Vikings hilares complète ce joli tableau. Décidément, une guerre n'est jamais propre. La grande finesse du trait de YUKIMURA (et de ses assistants, un hommage rigolo leur est rendu en dernière page !) nous transporte immédiatemment au coeur de cette Angleterre dévastée. Les pleines pages voire même double pages sont nombreuses, donnant de l'ampleur aux magnifiques paysages et champs de batailles. Le chara-design n'est pas oublié : très soigné, varié et expressif, il remplit son rôle à merveille.
Humour discret, ton adulte, personnages ambigus, absence de manichéisme (Thorfinn VS Askelaad VS Torkell, le traître Viking rallié aux Anglais, chacun ayant un sacré charisme et des motivations crédibles), nous naviguons bien en plein seinen. Vinland Saga démarre ainsi sur les chapeau de roues avec un rythme soutenu et une chronologie complexe. Le superbe graphisme couronne bien sûr le tout. Les bonus de fin de volumes, de nature différente à chaque fois, apportent un souffle de fraîcheur, tout comme le petit commentaire de l'auteur sur la jaquette intérieure. Le sans-faute n'est pas loin.
- Article publié par El Nounourso







