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Barakamon T1&2 – Calligraphie insulaire

Publié le 31/12/2012 par dans Manga - 9 commentaires

Après les rafraîchissantes plongées sous-marines d’Amanchu, l’éditeur Ki-oon a trouvé une comédie insulaire totalement atypique pour enrichir son catalogue. L’histoire se situe dans les îles Gotô où l’auteur a grandi. Satsuki Hoshino connaît donc bien les traditions locales, la façon de vivre des villageois et tout ce qui pourrait frapper le visiteur. Dans le dialecte local, Barakamon signifie « une personne en pleine forme », le titre définissant à lui seul tous les habitants de l’île qui transpirent la gaieté et la joie de vivre.

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Loin d’être une simple et jolie carte postale des îles Gotô, Barakamon raconte l’histoire de Seishû Handa, un jeune calligraphe condamné à l’exil après avoir frappé un conservateur de musée qui jugeait son travail « sans saveur ». Notre héros est chaleureusement accueilli par ses nouveaux voisins, un peu trop même. Alors qu’il n’aspire qu’à la paix, il se trouve sans cesse dérangé dans son travail par des gamins qui squattent son atelier. On lui demande parfois même de faire la nounou ! La petite Naru, cinq ans, semble tout particulièrement s’être attachée au jeune homme. A son grand dam !

Pour un type sorti tout droit de la ville, le dépaysement est total et difficile à supporter. C’est un tout autre genre de communauté qu’il pénètre, avec son propre fonctionnement. Seishû est surpris de voir combien les villageois sont solidaires, à un point tel qu’ils ne prennent même plus la peine de fermer à clé leur domicile ! Tout le monde se connaît, tout le monde s’entraide et se rassemble lors des fêtes traditionnelles. Étranges aussi tous ces vieux qui se baladent avec un tracteur comme celui qui lui sert de taxi à son arrivée… et se jette devant une voiture pour faire du stop ! On est à des lieues de ce monstre d’urbanité où chacun traîne anonymement sur le trottoir. Entouré de gens qui manifestent volontiers leur bonne humeur, des bons vivants qui croquent la vie à pleines dents, Seishû voit son quotidien changer et petit à petit, lui-même se laisse contaminer par l’ambiance locale. Un changement qui se répercutera bien entendu dans sa manière d’écrire, chaque jour apportant son lot d’aventure et donc d’inspiration.

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Barakamon parle de calligraphie. Une activité peu connue chez nous, tout autant que le karuta dont on parlera en mars avec la sortie de Chihayafuru chez Pika. Cet art n’est heureusement pas présenté sous ses aspects techniques mais comme une façon d’extérioriser un état d’esprit. Et dans quel état d’esprit se trouve-t-on quand on est encombré par un électron libre qui ne pense qu’à jouer et à faire des farces ? Naru a cinq ans et fait beaucoup penser à Yotsuba mais contrairement à l’héroïne d’Azuma elle s’exprime bien – elle commence à lire – et est accoutumée au monde alentour. C’est plutôt elle qui guide Seishû à travers cette campagne reculée et l’invite à s’ouvrir aux autres habitants. Elle reste néanmoins petite et maladroite. Et panique souvent pour un rien.

Chaque histoire introduit de nouveaux villageois tous aussi dérangés les uns que les autres. L’amie de Naru, Hina, est terriblement timide et n’arrive pas à exprimer clairement ses souhaits. L’instituteur possède quant à lui une drôle de philosophie de l’enseignement ainsi que quelques jolis complexes. Il y a la famille du chef aussi, la maman qui cuisine pour Seishû et le fils qui cherche à s’attacher une image de délinquant. Sans oublier Miwa et Tama, deux jeunes filles qui en veulent à notre héros d’avoir envahi leur base secrète. Elles aussi sont un peu tarées comme l’une apprend sciemment des vilaines choses à Naru tandis que l’autre est une fujoshi refoulée qui dessine des mangas d’un goût douteux. Tout ce petit monde contribue à l’ambiance détonante de l’oeuvre.

Le dessin de l’auteur laisse un peu à désirer sur les premières planches. De grossières erreurs de proportion sautent aux yeux dès l’introduction du héros tandis que les décors se font longtemps rares. Heureusement, le trait s’améliore et on sent dès le second tome que des assistants sont venus à la rescousse. Le tout transpire une fraîcheur et une légèreté qui s’accordent parfaitement avec le ton de l’oeuvre. Les bouilles de Naru sont particulièrement expressives, l’auteur hésitant moins à déformer le visage des enfants que celui des adultes qui semblera souvent trop rigide et anguleux.

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Ki-oon a fait du bon travail avec une couverture qui rend bien l’aspect « calligraphié » des caractères du titre original. L’éditeur a bien géré la traduction du dialecte, en particulier durant le dialogue entre les deux vieilles qui garde sa touche « rurale » tout en restant compréhensible. Il a aussi bien choisi en gardant les titres de chaque chapitre dans le dialecte original suivis d’une discrète traduction. On sent que Barakamon est un titre difficile à traduire et on pardonnera volontiers quelques libertés. Par exemple, de traduire le terme « yaoi » en lieu et place du « fujoshi » qui manque clairement dans l’acte 14.

Il ne faut pas s’attendre dans Barakamon à des rebondissements ni à une quelconque intrigue. Tout ne semble que prétexte à l’auteur pour décrire le paradis perdu où elle vit, la douceur du quotidien et les rires ambiants. Chaque aventure est l’occasion d’explorer un recoin particulier, de rencontrer quelques personnages loufoques. Des petites vieilles qui ne comprennent plus trop ce qu’on leur dit mais qui possèdent une intuition diabolique, un vieil homme qui rappelle au héros son amour – et son allergie – pour les chats, un petit garçon qui écrase une grenouille pour protéger sa copine. Seishû est là pour nous montrer comment un citadin peut changer au contact de tous ces campagnards. Ce n’est pas lui, le « maître », qui enseigne la calligraphie mais l’ensemble du voisinage qui lui permet d’aborder son art sous un jour nouveau.

Disponibles depuis le 13 décembre 2012 aux éditions Ki-oon. Prix : 7.65€

9 commentaires

Haha, une présentation en pleine forme qui donne envie de découvrir ce manga original ! On a bien envie d'acheter son ticket pour la campagne ^^
2 Zankaze le 31/12/2012
Enfin un peu de pub pour ce truc! Comme ça, quand plus de gens s'y mettront, j'aurais moins l'impression de crier dans le désert.
Plus sérieusement, c'est sympa, parlant et bien écrit, rien à dire à part bravo.
3 Badregastar le 01/01/2013
Joli article (sympa la p'tite traduction du titre). Un "coin de paradis" ? J'aime cette expression. Et le petit village où se déroule toute cette histoire en est un c'est bien vrai. J'en suis a l'acte 13 du tome 2 et notre heros a l'air de se plaire là où il est... ..et il se lâche d'avantage. ~

Manga attachant mettant de bonne humeur même si perso la touche calligraphie j'ai l'impression de la ressentir de moins en moins. D'facon a poursuivre pour voir toussa et surtout en "profiter". ~ <3.

Bonne année 2013 !
Bonne présentation du manga, même si dans le détail je n'aurais pas vraiment qualifié les habitants de "dérangés" dans ce contexte.
J'aurais peut-être dû dire "tordus"? C'est en pensant à la fujoshi que j'ai utilisé l'adjectif. Après c'est vrai qu'il ne faut pas généraliser. Les habitants on tous leurs particularités mais ça n'en fait pas des cas d'asile en effet >_<
C'est vrai que plus on avance, plus on sent la touche calligraphie mise à part. Mais elle est toujours là, au centre des inquiétudes du héros et il ne fait nul doute qu'on y reviendra!
7 RadicalEd le 18/01/2013
Merci pour l'article, je n'aurai jamais découvert cette série par hasard et, en fin de compte, j'ai beaucoup aimé.
8 consultation voyance le 18/02/2013
Votre blog contient tant de surprises que j'ai trop apprécié.Merci pour tous vos efforts.

[…] le manga de Satsuki Yoshino, n’a jamais eu d’autres buts. Depuis le premier article paru dans nos colonnes, le manga a bien avancé, dépassant de loin son adaptation animée, et j’aimerais du coup […]

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