Critique de l'anime Chihayafuru (TV 1)

» par LordFay le
26 Avril 2013
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Chihayafuru (TV 1) - Screenshot #1

La situation est classique. Vous avez déjà vu quelques animes japonais, beaucoup peut-être, vous cherchez quelque chose de nouveau à vous mettre sous la dent, et vous envisagez Chihayafuru. On en dit du bien, après tout, alors pourquoi pas.

Alors voilà, vous avez appris à faire un peu de distinction dans les productions que vous avez aimées. Il y a celles qui ne peuvent que convaincre, celles qui sont destinées à réussir, que l'on ne peut bouder qu'avec trop de mauvaise foi. En les commençant, vous êtes déjà presque sûr d'aimer, à un accident près. Mais avec le temps vous vous êtes rendu compte que les animes qui vous ont le plus plu vous ont systématiquement surpris. Vous ne vous attendiez pas à trouver dans ce délirant Tengen Toppa Gurren Lagann l'anime le plus épique qui soit, par exemple.

Les séries qui nous ont le plus marqué ont le point commun de l'avoir fait d'une façon différente à chaque fois. La beauté paisible et violente d'un Kara no Kyoukai est unique, tout comme le sont le sentiment d'urgence angoissante d'Evangelion ou l'émerveillement nostalgique que procure Agartha. Ne sachant jamais vraiment quand nous «rencontrerons» un nouvel anime à ajouter à la liste bien courte des productions les plus extraordinaires, nous en sommes essentiellement réduits à regarder des trucs au hasard en attendant de retrouver cet éclat tant attendu. On suit bien quelques lanternes – critiques positives, réalisateur connu, studio fameux – mais il y a trop de «bons animes» pour que l'exceptionnel devienne décidable a priori.

Chihayafuru (TV 1) - Screenshot #2Tout ça pour dire que Chihayafuru a été pour moi un coup de cœur aussi fantastique qu'inattendu. Certes, je pensais passer un bon moment au vu des éloges que la série a reçu un peu partout, mais je ne m'attendais guère à quelque chose de ce niveau. Chihayafuru est un anime sur le karuta, tout comme il existe quantité d'animes sur toutes sortes de sports et autres activités compétitives. A ranger entre un Hajime no Ippo et un Hikaru no Go, donc. J'aurais du mal à pousser plus loin la comparaison parce que c'est précisément mon premier dans ce genre, et sûrement un habitué le trouvera-t-il un cran moins spécial que moi ; toujours est-il que Chihayafuru se distingue clairement par tout un tas de petits plus. Vous l'aurez compris, c'est un anime qui n'invente pas grand-chose mais qui sait réussir sur (presque) tous les plans... et accrocher à son siège le fan tardif que je suis devenu.

Un anime sur le karuta ?
Mais non, voyons. Comme tous ses frères et sœurs, Chihayafuru ne parle pas vraiment de karuta. Il parle avant tout de dépassement de soi, de passion, de liens humains, d'amitié et d'amour. La série alterne des phases de vie quotidienne teintée de romance et des tournois de karuta, et si ces derniers sont particulièrement intenses, c'est bien parce que l'équipe de personnages principaux est terriblement attachante. Ils sont cinq, cinq amis qui s'entraînent ensemble, fédérés par Chihaya à la passion débordante. Ils sont humains, ils ont leurs points forts et leurs défauts, leur manière particulière de jouer, et il ne remportent guère de grandes victoires qu'avec un peu d'introspection et de réflexion sur leur façon de jouer. Bref, ils évoluent, deviennent meilleurs, perdent, apprennent de leurs erreurs, se surpassent, et ainsi de suite. Tout ceci est bien classique, mais l'écriture des personnages et la solidité de leur progression sont un premier gros point fort de Chihayafuru.

Chihayafuru (TV 1) - Screenshot #3Second point, la réalisation est en tout point réussie. Déjà, il y a ce joli chara-design, qui nous donne quelques protagonistes sobres mais convaincants : Chihaya, Arata, Taichi. Et en bordure de ce trio, beaucoup de personnages bénéficient d'un style un peu unique, propre à eux, de sorte qu'il soit à peu près impossible d'en oublier un s'il est apparu ne serait-ce qu'une fois. Il n'y a qu'à constater : Nishida, Komano, Sudo, Amakasu et Retro par exemple forment une belle brochette de designs très différents, que seul un léger dénominateur commun préserve d'une hétérogénéité sanctionnable.

Et puis, il y a cette mise en scène, complètement indissociable de l'écriture. Tant de matchs en 25 petits épisodes, pourtant aucun n'est inutile. Si les personnages perdent, c'est évidemment pour mettre d'autant plus en valeur les victoires à venir, et l'ampleur de l'effort à fournir pour dépasser un obstacle ; ce ressort, très utilisé tout au cours de la série, fonctionne parce que tout a été fait dans ce sens. En jonglant entre les réflexions stratégiques des personnages, de petits flashback, des phases de jeu pur et des pics de tension dramatique, l'auteur atteint un équilibre jouissif qui rend chaque partie vivante, tendue, pleine d'enjeux. Enfin, jamais une OST n'aura accompagné un anime comme celle-ci le fait, plutôt que de simplement cristalliser certaines scènes ou ambiances ; certes, quantité d'animes peuvent se targuer d'avoir une meilleure musique, qu'on aura légitimement plaisir à écouter à part, mais les pistes de Chihayafuru se marient à la perfection avec l'action à l'écran. Des pistes telles que Team Chihayafuru, pour ne citer qu'elle, passent ainsi rapidement de «joli morceau sympathique» à «epic as fuck».

Chihayafuru (TV 1) - Screenshot #4Résultat : non seulement l'issue de la plupart des matchs est réellement incertaine, mais de plus la nuance entre une défaite de peu et une vraie raclée est tellement limpide qu'on se trouve impressionné lorsqu'un personnage réussit l'exploit de perdre de quelques cartes seulement face à un adversaire plus fort que lui. Ça paraît nul sur le papier, ça prend tout son sens dans Chihayafuru.

Du coup, le karuta, au fond, on s'en fout ?
Euh... En fait, non. Comme je ne suis pas à une contradiction près, je voudrais maintenant faire un petit virage à 180° et revenir sur le karuta, ce fameux jeu – ou sport, c'est comme vous voulez – auquel s'adonnent à peu près tous les personnages. Parce que finalement, avec tout ce merdier, j'en ai toujours pas dit un mot, alors que c'est en fait un point déterminant du charme de Chihayafuru.

Bref, si vous n'avez pas encore vu la série, il y a 99% de chances que vous n'ayez jamais entendu parler de karuta. Les règles sont simples : agenouillé par terre, on étale entre son adversaire et soi-même cinquante cartes choisies parmis cent. Sur chacune est écrit la fin d'un poème issu d'un fameux recueil, le Hyakunin isshu, établi par je sais plus qui y'a quelques centaines d'années. Une tierce personne s'occupe de lire la première moitié d'un poème au hasard, et le but est d'attraper (ou plutôt d'éjecter brutalement) la carte sur laquelle est écrite la seconde moitié, si elle est sur le terrain.

Chihayafuru (TV 1) - Screenshot #5Voilà. Il y a quelques règles additionnelles et subtilités mais la base est extrêmement simple. On comprend tout de suite une raison qui limite la popularité et la reconnaissance de ce jeu, à savoir qu'il est plutôt difficile de s'y mettre puisqu'il faut commencer par apprendre à reconnaître les 100 cartes. Mais avec ce défaut vient une qualité qu'un personnage de l'anime se fait un plaisir de nous rappeler : l'ancrage culturel de ce jeu, son lien avec la littérature classique japonaise. Ça n'aurait pas trop de sens de développer ce point, vu qu'on passe quand même l'essentiel de l'anime à taper sur les cartes sans trop se poser de questions ; mais force est de constater qu'entre ça et tout le fatras traditionnel (le rythme bien précis de la lecture chantée, le salut en début et fin de match, les grands affrontements en kimono...), le karuta acquiert un cachet unique auquel Chihayafuru rend honneur en détail. Tout paraît authentique, quitte à jouer sur le contraste entre l'image huppée du jeu et sa pratique qui est grosso modo celle d'un sport.

Mais revenons au traitement du jeu en lui-même. Si le karuta est un truc si simple, est-ce que ça ne risque pas de devenir emmerdant à la longue ?
Heureusement, non. Parce que l'un des leitmotivs de l'anime c'est de nous rappeler que le karuta joue sur beaucoup d'aspects, et qu'en conséquence il y a une multitude de façons d'être bon, de gagner ou de perdre. Certains personnages se distinguent par la finesse de leur ouïe, d'autres par leurs bons réflexes, d'autres encore par une bonne mémoire. Quand je disais que les personnages avaient chacun leur façon spécifique de jouer, c'était vrai. Et au fur et à mesure que l'équipe de Chihaya progresse en tournoi, on découvre de nouveaux profils de joueurs, des cas particuliers où il faut jouer d'une façon bien spéciale, de nouvelles stratégies, et ainsi de suite. J'en suis actuellement à la moitié de la seconde saison et bien qu'on puisse évidemment observer certaines récurrences dans le déroulement des matchs, il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour ne pas voir la diversité des affrontements qui nous sont proposés. C'est peut-être une qualité de base du karuta, mais rendre ça à l'écran avec autant de justesse tout en se permettant un peu d'exagération pour générer suspens et tension dramatique, c'est un tour de force que je ne suis pas prêt d'oublier.

Que reste-t-il à dire sur Chihayafuru ? Beaucoup, en vérité. J'aurais pu parler un peu de la romance, qu'on se plait à suivre même si quelques passages trop mièvres sont un peu à côté de la plaque. J'aurais pu parler du personnage d'Arata dont les interventions sont une série de caméos assez géniale. J'aurais pu évoquer la bonne humeur que transmet Chihayafuru par gros blocs. J'aurais pu parler de la fin, simple transition vers la saison 2 mais qui se propose de faire un peu le point sur les personnages, où ils en sont, leurs ambitions, leurs buts personnels. J'aurais pu nuancer quelques points avec du bon vieux relativisme : attention, ça ne plaira pas à tout le monde, genre le rythme peut sembler lent, toussa toussa.

Mais bordel, c'est Chihayafuru quoi. Au moins mon coup de cœur de l'année, et on est qu'en avril. La moindre carte prise me fait sursauter, les personnages sont devenus mes amis, je me suis mis au karuta et mes vendredi soir sont occupés à attendre fiévreusement l'épisode de la semaine. Excusez ce mur de texte dithyrambique et comprenez qu'il ne pouvait en être autrement de la part d'un fan fraîchement surhypé. Vous pouvez prendre ça pour une déclaration d'amour si ça vous chante.

Parce que dans l'échelle du Fay, il y a quelques trucs au-dessus d'excellent ; et malgré sa banalité apparente, Chihayafuru a réussi à se hisser là-haut.

Verdict :10/10
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A propos de l'auteur

LordFay, inscrit depuis le 09/09/2010.
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