DARLING IN THE FRANXX — « S’il y en a qui n’aiment pas la Franxx, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter » (N. Sarkozy)

» Critique de l'anime Darling in the Franxx par Deluxe Fan le
09 Juillet 2018
Darling in the Franxx - Screenshot #1

Dans la famille des naufrages Aniplex vous connaissez l’immonde Guilty Crown, l’abject Aldnoah Zero, le vomitif Valvrave et le fils attardé Re:Creators. Mais l’usine à gaz de Sony Music ne s’arrêtera pas en si bon chemin ; face à demande toujours plus croissante du public pour de la médiocrité animée le studio A-1 Pictures s’est associé aux escrocs de chez Trigger (Inou Battle, Inferno Cop) pour produire le pire anime de 2018, le si bien nommé Darling in the Franxx, ou comme il vaut mieux l’appeler, Chérie j’ai rétréci l’intelligence des spectateurs.

Dans un futur lointain, la Terre est devenue inhospitalière à cause des Klaxosaures, des créatures géantes qui se nourrissent du magma souterrain. Les humains survivants se sont retranchés dans des bases mobiles qui se déplacent à travers ce désert, et se protègent à l’aide des Franxx, des robots pilotés par des enfants spécialement élevés à cet effet. L’un de ces pilotes, Hiro, se retrouve associé à Zero-Two, une fille mystérieuse qui a la réputation de tuer les garçons qui osent piloter avec elle…

Darling in the Franxx - Screenshot #2Évidemment un anime dans lequel des enfants sont forcés de piloter des robots géants pour combattre des monstres étranges dans un monde post-apocalyptique c’est du jamais vu, c’est pas comme si Aniplex était en train de plagier une recette connue depuis vingt ans de la même manière que tous leurs autres animes originaux sont des plagiats de concepts existants, de qui se moque-t-on.

Avant que je m’énerve, il faut dire que d’un point de vue technique l’anime est particulièrement abouti. La direction artistique, les décors, le design, les robots en 2D (!!!), tout cela est très réussi. La mise en scène, malgré le gros problème que je vais aborder ci-après, est très efficace pour rendre chaque scène vivante et ne jamais laisser l’ennui s’installer grâce à une grande variation dans le choix des plans. Un travail cinématographique évident a été réalisé sur ce projet par le réalisateur Atsushi Nishiguro et il faut le mettre à son crédit, parce que putain le reste c’est vraiment naze quoi.

Le premier gros souci de la série, c’est que ses meilleurs éléments visuels ne lui appartiennent pas. Tout ce que DarliFra a de singulier ou d’original est en réalité pompé sur d’autres animes, parmi lesquels évidemment Neon Genesis Evangelion (au cas où vous auriez pas compris) dont la sépulture est violée et pillée telle les nécropoles des pharaons de la Vallée des Rois. En tant que fanboy de NGE je devrais être amusé que cette série vieille de vingt ans soit encore à ce point pertinente pour être ainsi copiée, mais il y a un moment où la référence cesse être marrante et devient juste soulante. On pense par exemple à cette séquence de l’épisode 11 où un des robots entre en mode berserk en ouvrant la gueule exactement comme l’Eva-01… Sauf que dans DarliFra cela n’a aucune incidence sur l’intrigue et ne revient jamais par la suite. On est dans la pure référence pour la référence, un problème récurrent chez Trigger qui depuis sa création vit uniquement sur la capitalisation d’un souvenir que les gens ont d’un passé de l’animation japonaise plus glorieux et plus intéressant que ce qu’ils font eux-mêmes. Vers la fin l’anime n’a plus aucune race et se met également à pomper Gurren Lagann et Gunbuster/Diebuster, tout cela dans une tentative désespérée de s’acheter une mise en scène face à l’incapacité notoire de A-1 Pictures et Trigger de créer leur propre esthétique. L’anime cesse bientôt d’exister par lui-même et devient juste un catalogue de références plus ou moins évidentes où l’on attend la scène suivante pour savoir jusqu’à quelles extrémités de plagiat la série osera aller.

Darling in the Franxx - Screenshot #3L’autre problème, plus important encore, c’est que l’anime est écrit avec le cul. Littéralement.

Cette idée de gamins naïfs qui combattent contre une menace qui les dépassent, c’est vieux comme l’animation, ça peut encore passer. Les robots qui se pilotent en manipulant des leviers attachés aux fesses d’une fille positionnée en levrette, pourquoi pas. Sauf qu’autour de cela, l’anime n’a aucun sens ni aucun intérêt. Le world-building est bâclé, les concepts SF de la série sont bancals et le scénario lui-même, lorsqu’il n’est pas occupé à plagier NGE et TTGL, est tellement alambiqué que personne n’y comprend rien.

Juste un exemple, les personnages sont censés être des enfants élevés dans l’ignorance de la sexualité et du sentiment amoureux. Pourtant, quand les garçons entrent dans la douche des filles pour les reluquer ces dernières savent parfaitement en quoi consiste la notion de harcèlement sexuel alors même qu’elles ne sont pas censées savoir ce qu’est le sexe. Un traducteur qui bosse pour un important service de streaming d’animes avec qui j’ai discuté à Japan Expo m’a confié que lui-même croyait qu’il s’agissait d’une erreur au moment de l’adaptation alors que non, c’est juste l’anime qui n’est pas cohérent avec lui-même. Pareillement lorsqu’il s’agit plus tard d’organiser un mariage religieux entre deux adolescents, avec robe de mariée et prêtre chrétien, alors que ces mêmes personnages vivent dans un monde où l’institution du mariage n’existe plus puisque la sexualité et la famille sont des concepts interdits dans cet univers depuis plusieurs siècles. Cela n’a aucun sens dans le contexte, et c’est ce genre de détails qui différencient les œuvres de science-fiction et les arnaques animées.

Darling in the Franxx - Screenshot #4De manière générale, c’est la série en entier qui est incapable de se trouver une thématique et de la traiter correctement. Au début tu crois que c’est un anime sur la découverte du sexe par les ados, puis ensuite tu crois que c’est une série sur la question démographique, puis ensuite ça change complètement et ça devient un truc sur l’écologie et la gestion des ressources naturelles, puis ça change encore et ça devient une série d’invasion extraterrestre, puis après on nous ressort un erzatz de Plan de Complémentarité… Tous les cinq épisodes l’anime change de sujet et aucun d’entre eux n’est abordé de manière intéressante, il n’y a que des clichés et des raccourcis qui rendent l’ensemble creux, confus et brouillon.

Mais le pire est à venir, puisque dans cette soupe informe d’intrigues loupées sans rapport les unes avec les autres, les personnages sont les principales victimes. Dans un style outrancier que ne renierait pas Mari Okada, la série fait preuve d’une obsession pour le mélodrame, qu’elle cherche à imposer par tous les moyens quitte à massacrer ses personnages qui apparaissent pour l’essentiel comme des caricatures navrantes. Le protagoniste Hiro est d’une banalité agressive, le genre de mec qui n’a ni charisme ni personnalité mais dont tous les autres personnages sucent la bite avec gourmandise juste parce que c’est le Hiro de la série. C’est plus possible en 2018 d’avoir des protagonistes de ce style, c’est un poison mortel qui gangrène l’animation japonaise, un cancer qui est en train de faire passer cette industrie en phase artistique terminale en attendant sa mort créative clinique.

Darling in the Franxx - Screenshot #5Le reste du cast n’est pas bien meilleur que ce soit Zero-Two qui n’est qu’un plot-device ambulant, les adultes de la série qui font avancer l’intrigue de leur côté sans jamais interagir avec le reste, ou les autres pilotes de Franxx qui ne SERVENT À RIEN si ce n’est véhiculer la morale étrange et assez malsaine de la série selon laquelle on ne s’accomplirait en tant que personne humaine qu’en baisant le plus possible et dès le plus jeune âge pour mettre les filles en cloque et produire des gosses afin de perpétuer le mode de vie productiviste et la civilisation japonaise. Une idéologie bien facho qui est à rapprocher de la question du taux de natalité abyssal au Japon, sujet qui devient de plus en plus obsessionnel dans ce pays mais qui est ici traité de manière tellement racoleuse et débile (la meuf qui décide sans raison d’humilier le gros sincèrement amoureux d’elle pour se faire troncher par le pédé de service qui a tourné casaque et que la série récompense en les traitant tous les deux comme des héros de l’humanité) qu’il est évident que les auteurs n’avaient absolument aucune idée de ce qu'ils faisaient et que leurs opinions et réflexions sur les questions d'amour, de sexualité et de parentalité doivent être considérées avec les mêmes égards que les borborygmes inintelligibles d'un pilier de bar soudé au comptoir du Café du Commerce vers 1h34 du matin après une soirée de quart de finale un peu plus arrosée que la moyenne parce que les Belges, hein, on les connaît.

En bref, Darling in the Franxx est un anime aussi inutile que putassier, qui troque sa recherche thématique contre du mélodrame bon marché et son intégrité artistique contre un repompage ininterrompu d’animes meilleurs que lui. Tout dans cette série sonne faux, rien n’est sincère ou honnête, tout n’est que manipulation et marketing à l’image du studio Trigger lui-même ; une façade d’anime fécond, performant et vigoureux derrière laquelle ne se trouve que stérilité, maladresse et impuissance.

Verdict :4/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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