NI NO KUNI — Ta Gueule C’est Magique The Animation

» Critique de l'anime Ni no Kuni par Deluxe Fan le
30 Janvier 2020
Ni no Kuni - Screenshot #1

Ni no Kuni est une série de jeux vidéo produits par Level-5 et dont les deux seuls épisodes sont parus respectivement en 2010 (NDS, PS3) et 2018 (PS4, PC). Leur particularité tient au fait que ce sont les seuls jeux vidéo ayant été réalisés en collaboration avec Ghibli ; le célèbre studio d’animation s’était occupé des cinématiques en animation du premier jeu, et a prêté les services du compositeur Joe Hisaishi pour la bande-son. Ce partenariat unique a permis aux jeux de s’élever au-dessus de leur condition de JRPG banal et de rencontrer un certain succès d’estime à défaut de devenir la nouvelle référence du genre.

Comme d’habitude avec les productions Level-5, l’idée d’amener la franchise dans le milieu de l’animation a rapidement surgi et avec un partenaire tel que Ghibli on pouvait déjà voir le fric couler à flots. Malheureusement Ghibli a fermé ses portes après la retraite de Miyazaki et il a fallu se rabattre sur un plan B. Un film d’animation Ni no Kuni a bel et bien vu le jour mais il a été produit par OLM, studio spécialisé dans les adaptations de jeux et collaborateur fréquent de Level-5 : Inazuma Eleven, Professeur Layton, Yokai Watch, Snack World, tout ça c’est eux. Le film est sorti en août 2019 au Japon et est sorti à l’international en janvier 2020… directement sur Netflix. Les producteurs n’ont probablement pas voulu risquer la sortie en salles de cinéma, et vu le résultat on peut dire qu’ils ont bien fait de prendre l’argent de Netflix et de garder le leur.

Ni no Kuni - Screenshot #2Commençons par la forme. Comme dit plus haut le film est produit par OLM mais le chara-design et la direction artistique sont fortement influencées par les travaux de Ghibli, notamment leurs films les plus récents comme Le Château Ambulant par exemple. Le réalisateur est Yoshiyuki Momose, un vétéran de l’industrie qui a travaillé sur plusieurs films Ghibli, donc il y a quand même une forme d’héritage mais la comparaison cela s’arrête là. En dehors de quelques décors et une animation des personnages plutôt réussie, le film est très ordinaire visuellement voire assez laid si on entre dans les détails – genre les figurants en CG en arrière-plan, dans une série télé c’est déjà limite mais dans un film qui se réclame de Ghibli c’est inacceptable. La bande-son de Joe Hisaishi est de haute qualité, mais elle n’a pas grand-chose d’original puisqu’il s’est contenté de reprendre les thèmes du jeu vidéo sorti en 2018, je sais de quoi je parle j'ai le platine sur PS4. Quant aux doublages, le film a employé des acteurs débutants pour les personnages principaux – et autant les deux garçons s’en sortent bien, autant l’actrice qui joue Kotona/Astrid est insupportable, elle débite ses lignes avec autant de conviction qu’une pantoufle usagée qui sort du sèche-linge.

Ni no Kuni - Screenshot #3Les deux garçons en question sont Haru et Yuu, deux amis d’enfance aux caractères toutefois bien distincts. Haru est la star de l’équipe de basket de l’école, le mec un peu tête brûlée mais sympa. Yuu est lui plutôt du genre calme et intellectuel, qui regarde son ami de loin. Tous les deux ont cependant pour point commun de s’intéresser à Kotona, une fille de leur classe. Et lorsque Kotona est agressée par un mystérieux individu, Haru et Yuu sont envoyés dans un monde parallèle pour y trouver Astrid, la princesse de Royaume de Machin qui est touchée par une malédiction. Y’aurait-il un lien entre les évènements du monde réel et ceux de cet autre monde ?

Le bon point de ce film, c’est que malgré l’origine de la licence le scénario ne fait pas trop jeu vidéo ; c’est une histoire d’heroic-fantasy tout à fait ordinaire. C’est assez ironique d’ailleurs quand on pense que les séries qui marchent le mieux actuellement sont les « isekai » qui utilisent les codes du jeu vidéo dans leurs univers, tandis qu’ici on a une licence de jeu vidéo qui veut se faire passer pour un film d’aventure classique à la Ghibli. Les qualités narratives n’iront pas plus loin cependant, car pour le reste ce n’est vraiment pas bon. Le principal ressort du film c’est que les personnages voyagent entre le monde réel et le monde parallèle, et que leurs actions dans l’un affectent l’autre. Une idée sympathique mais qui ici ne fonctionne pas parce qu’il n’y a pas de cohérence, le scénario fait ce qu’il veut quand il veut et le spectateur est forcé de ranger son cerveau au placard s’il ne veut pas se poser trop de questions. Les bases de l’univers ne sont jamais établies, et le film continue d’ajouter des nouveaux éléments et d’introduire des nouvelles sous-intrigues jusqu’au dernier moment où les révélations grandiloquentes s’enchaînent devant un public qui depuis longtemps n’en a plus grand-chose à carrer.

Ni no Kuni - Screenshot #4Les personnages sont les premières victimes de ce script mal écrit, avec des protagonistes qui agissent de manière délibérément stupide pour que le récit puisse avancer, et des dialogues misérables où les personnages passent leur temps à s’expliquer l’intrigue les uns aux autres et essayer de donner du sens à un scénario dont la seule règle est qu’il n’y en a pas. Même la toute dernière scène du film nous impose un des personnages qui continue d’expliquer des trucs puisque visiblement le public est trop con pour comprendre les choses par lui-même. C’est assez triste de voir qu'un film qui se réclame de l’esthétique Ghibli n’a apparemment rien compris de ce qui faisait le génie de Miyazaki ; son cinéma était certes exubérant visuellement mais aussi très restreint au niveau de la narration, Miyazaki n’expliquait pas les choses il laissait le public réfléchir par lui-même, ou pas d’ailleurs, en tout cas il ne prenait jamais les gens pour des imbéciles.

Je ne m’attendais pas à quelque chose de spécial venant de Level-5, dont la réputation de médiocrité n’est plus à faire, mais quand on tient dans ses mains une partie même infinitésimale du legs de Ghibli on est tenu de faire des efforts. Ce film Ni no Kuni n’est même pas au niveau d’un Hosoda ou d’un Shinkai, c'est dire si la barre n’est pas placée bien haut.

Verdict :5/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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