Beetlejuice, Moby Dick et le chien des Baskerville

» Critique de l'anime Re:Zero kara Hajimeru Isekai Seikatsu par repeir14 le
03 Juin 2017

Un peu de contexte...

Re:Zero, c’est l’histoire de Subaru Natsuki, jeune homme de 17 ans et geek de son état, qui se trouve propulsé sans autre forme de procès dans un monde à la mode heroic fantasy alors qu’il sort de sa supérette de quartier (comme quoi, faut se méfier des Carrefour City). Bref, rien que de très classique pour un début d’anime. Mais qu’on se rassure, les choses changent un peu lorsque notre héros se fait violemment trucider dès le premier épisode (le garçon se fait ouvrir le bide pour ceux que ça intéresse). The End ? Pas vraiment, puisque le jeune Subaru ressuscite immédiatement et se trouve ramené à un moment antérieur de la journée, sans avoir bien compris ce qui lui était arrivé.

Cet épisode liminaire résume à lui seul ce que sera toute la suite de l’anime : à chaque fois que Subaru trépasse, il revient dans le passé au dernier « point de sauvegarde ». Ayant conservé tous ces souvenirs, et sachant désormais ce que lui réserve le futur proche, charge à lui d’utiliser ce qu’il sait pour éviter sa mort voire, parfois, celle de ses proches.

Je suis mort mais je me soigne

Le début se lance plutôt bien et semble contredire le fameux proverbe populaire : « si tu vois des oreilles pointues dans un anime, passes ton chemin ! ». L’anime met rapidement en place les éléments nécessaires au développement d’un récit intéressant : une sorcière maléfique dont nul ne prononce le nom (dans le genre plagiat, ça se pose là), un trône objet de toutes les convoitises, et enfin une brochette de personnages aux intérêts divers et souvent divergents. On sent d’ailleurs comme une volonté d’introduire une ambiance un peu « Game of Thrones ». L’anime baigne par endroit dans une atmosphère sombre, violente et oppressive, le tout soutenu par une mise en scène volontiers macabre. Alors oui, on voit aussi se dessiner une romance un peu cul-cul mais bon, il en faut pour tous les goûts et ça ne nuit pas au récit d’ensemble.

En fait, la principale source d’inquiétude vient plutôt des personnages. Sans même parler de Subaru dont on touchera deux mots plus tard, les autres ne brillent pas franchement par leur originalité. Emilia, semi-elfe aux cheveux d’argent censée incarner le protagoniste féminin, a à peu près autant d’épaisseur que le scénario du dernier Transformers. On s’aperçoit à la fin de la saison qu’on ne sait quasiment rien de plus sur elle sinon qu’elle a de drôles de goûts en matière de mecs (j’ai rien contre Subaru mais si le charisme avait un visage, je ne lui donnerais certainement pas le sien). Les autres sont globalement taillés dans le même moule, à commencer par les candidates au trône qu’on croirait tout droit sorties du bestiaire des stéréotypes féminins de l’animation japonaise. A ce sujet, on peut noter le nombre important de jouvencelles qui permet à Re:Zero de se placer en digne héritier de la tradition shônen (sur ce point-là, rien que l’affiche de l’anime me donne un ulcère).

Mais qui veut la peau du geek ?

Mais revenons à notre histoire. Le vieux Churchill, qui avait un sens de la formule à faire pâlir d’envie Michel Audiard, eût un jour cette réflexion restée fameuse : « le succès, c’est d’aller d’échec en échec avec le même enthousiasme ». Citation que résuma plus prosaïquement, quoique non sans efficacité, un certain Schwarzenegger qui devait déclarer bien des années plus tard : « Reste cool, sac à merde ! » (Si vous ne savez pas que ça vient de Terminator 2, je vous suggère de réévaluer vos choix de vie…).

Le rapport avec Re:Zero ? Du point de vue d’un individu confortablement installé devant son écran en train de siroter une bière, on peut se dire que c’est la panacée. Tout ce que Subaru a à faire lorsqu’il meurt, c’est ressusciter et retenter sa chance jusqu’à franchir les obstacles. Bref, on se dit logiquement au début que ça devrait se passer un peu comme dans Ajin, ou encore Hellsing Ultimate, avec des mecs qui, forts de leur immortalité, n’hésitent pas à s’en mettre plein la tronche en mode « rien à foutre, je suis invincible ». En général, c’est rigolo (pour peu que l’hémoglobine ne vous gêne pas) et on se fend la poire un bon coup. Mais c’est oublier un peu vite que Subaru appartient à une catégorie de héros dits banals, à savoir un type de protagoniste censé nous inspirer de l’empathie parce qu’il est bien comme nous (et surtout pas meilleur que nous). Dès lors, exit le concept de héros bad ass, intelligent et qui nous vend du rêve, et place à l’homme de la rue. En deux mots : un casse-c***lle.

Alors d’accord, savoir à l’avance quand, où et comment vous et/ou vos proches risquez de vous faire buter, dans des conditions parfois très glauques, n’est pas franchement un cadeau. Et c’est pourquoi, face à ce genre d’épreuve, il eût fallu un héros calculateur, froid voire un tantinet cynique. A la rigueur, on aurait pu rigoler avec un imbécile heureux trop con pour avoir peur. Mais non, Subaru, lui, c’est un type qui va nous faire une violente dépression pendant facile 4-5 épisodes. Sérieusement, le passage est tellement chiant que je me suis fait une tendinite à l’index à force d’appuyer sur la touche « avance rapide ». Le tout ayant trois effets dévastateurs : casser le rythme, donner une impression de remplissage (pour ça merci mais j’ai eu ma dose avec Naruto) et mettre les nerfs du spectateur à fleur de peau.

Un sac vide tient difficilement debout

Un dernier mot sur le déroulement de l’histoire pour achever une critique déjà trop longue (mais bon, si vous en êtes arrivés là, vous êtes plus à ça près hein ?). Comme indiqué plus haut, le début est relativement prometteur : ça se dévoile, ça bouge et Subaru ne s’est pas encore transformé en fontaine sur pattes. C’est après que ça se gâte. Alors que les premiers épisodes nous laissaient croire à l’existence d’une intrigue globale, la suite se révèle décousue et sans finalité particulière. On zigouille une meute de chiens enragés, on se farcit une énorme baleine volante et on affronte un ecclésiastique fanatisé, le tout sans grand panache et surtout sans utilité scénaristique. En soi, un anime sans intrigue réelle n’est pas fondamentalement un problème, mais cette absence doit alors être compensée par d’excellentes scènes d’actions et/ou des personnages charismatiques (voir Fate/Zero, Ajin et autres Kuroko no Basket).

A la décharge de l’œuvre, je dois reconnaître l’avoir visionnée juste après m’être extasié devant les dernières (et excellentes) aventures italiennes de Lupin III. Autant dire que Re:Zero ne sort pas grandi par la comparaison… La série vaut peut-être le coup d’œil mais reste décevante au regard de son potentiel initial. Lorsque vient l’heure de faire les comptes, on se penche sur le dernier épisode avec un triste constat : y aura une saison 2 mais pas sûr qu’on ait envie d’en être…

Verdict :6/10
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A propos de l'auteur

repeir14, inscrit depuis le 07/04/2015.
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