SSSS.GRIDMAN — The Trend of Evangelion

» Critique de l'anime SSSS.Gridman par Deluxe Fan le
29 Décembre 2018
SSSS.Gridman - Screenshot #1

Denkô Chôjin Gridman est au départ une série live de tokusatsu produite par Tsuburaya, la société responsable de Ultraman et de tout un tas d’autres licences du même genre. Le feuilleton fut diffusé au Japon vers 1993, et fut par la suite adapté aux États-Unis sous le titre Superhuman Samurai Syber-Squad (SSSS). Il faut savoir qu’à l’époque les séries de tokusatsu étaient populaires en Amérique, plus que les animes d’ailleurs, grâce à des titres tels que TMNT ou Power Rangers par exemple. Sauf que contrairement à ces dernières, la postérité de Gridman n’est pas parvenue à s’étendre au-delà des souvenirs brumeux des gosses américains plantés devant la télé des années 90.

C’est donc avec circonspection que l’on a vu arriver cette réadaptation intitulée SSSS.Gridman, dont le titre fait référence à la fois à la série originale japonaise et à l’adaptation américaine pour bien s’adresser aux deux publics. L’autre curiosité est le choix de Tsuburaya de faire produire la série par Trigger, dont la dernière collaboration Darling in the Franxx a donné lieu à un des pires animes de ces derniers mois. C’est pour cela que c’est avec au moins autant de sérieux que je peux dire que SSSS.Gridman est lui un des meilleurs animes de l’année.

SSSS.Gridman - Screenshot #2Le récit débute lorsque Yûta Hibiki, un gamin ordinaire, se réveille chez lui frappé d’amnésie ; il ne reconnaît plus ses amis ni ses camarades de classe. Alors que son pote Utsumi et sa copine Rikka tentent de lui faire recoller les morceaux, un autre problème survient ; des putains de kaijus apparaissent en ville et détruisent tout sur leur passage. Heureusement Yûta découvre qu’il est capable de se transformer en Gridman, le justicier inter-dimensionnel qui casse la gueule aux méchants. Le lendemain, lorsque Yûta et ses amis se rendent à l’école pour constater les dégâts, il se rendent compte que personne à part eux ne se souvient de l’évènement. En revanche, les victimes des kaijus ne réapparaissent pas… S’engage alors une lutte pour Yûta et Gridman afin de percer le mystère des kaijus et de leur création.

En général je n’aime pas trop les animes qui se font fort de s’adresser à une niche particulière de spectateurs ; ce genre de connivence relève le plus souvent de la facilité. Toutefois, dans le cas de SSSS.Gridman il est difficile de passer outre l’évidence ; si vous n’êtes pas un minimum versé dans la connaissance du tokusatsu, des animes de mecha et de cette culture en général, inutile d’aller plus loin cette série ne s’adresse pas à vous. Car SSSS.Gridman n’est pas tant une série de tokusatsu qu’une série sur le tokusatsu, qui reprend tous les clichés du genre pour les manipuler, les retourner et en faire le commentaire. Cela devient de plus en plus apparent au fil de la série lorsque le scénario quitte progressivement la routine du monstre-de-la-semaine pour aller vers l'introspection et la psychologie, en interrogeant notamment la notion même de kaiju et ce qui le distingue de l’humain. Si le kaiju n’est qu’un outil de destruction dépourvu d’âme, peut-on dire qu’un kaiju qui s’éveille à la conscience devient humain ? A l’inverse, un être humain qui ne serait habité que de pulsions destructrices est-il réellement différent du kaiju ?

SSSS.Gridman - Screenshot #3Vous voyez c’est ce genre de réflexions ultra pointues que la série aborde, et si vous êtes pas un nerd complet vous allez rien piger au délire. Au bout d’un moment cela devient tellement profond que l’anime quitte le niveau de discours habituel pour se placer sur le terrain méta-narratif, avec notamment la dernière séquence du dernier épisode (ceux qui l’ont vu comprendront tout de suite de quoi il s’agit) qui crève le quatrième mur, remet en perspective tout ce que la série raconte et ouvre des possibilités infinies ; c’est ce moment précis qui pour moi a fait basculer SSSS.Gridman dans le domaine du brillant, je n’ai pas vu d’autre anime cette année qui soit allé aussi loin dans l’étude de son sujet.

L’autre élément crucial de SSSS.Gridman, c’est la forme. La série est réalisée par Akira Amemiya, un jeune réalisateur de chez Trigger qui s’était fait connaitre avec des machins comme Inferno Cop et Ninja Slayer. Des productions qui relevaient essentiellement du gag et n’avaient attiré l’œil qu’à cause de la hype entourant Trigger à ses débuts. Aujourd’hui tout le monde est d’accord pour dire que Trigger est très largement surestimé et leurs animes sont désormais attendus avec plus de méfiance qu’autre chose. C’est pour cela que SSSS.Gridman est une aussi bonne surprise ; non seulement la série est extrêmement bien réalisée avec un mélange entre méchas en 2D et en 3D et des séquences sakuga à la pelle, mais surtout c’est une série qui a du style, et pas n’importe lequel.

SSSS.Gridman - Screenshot #4Ce style c’est celui de Gainax, le studio culte dont Trigger avait autrefois prétendu prendre la relève et dont l’ADN se retrouve ici avec ce dynamisme dans le design, cette recherche constante de l’esthétique dans la cinématographie et la composition des plans, ce sens du détail dans les décors pour rendre la banalité du quotidien dans lequel survient l’extraordinaire. L’hommage le plus présent est évidemment Neon Genesis Evangelion, dont le style si reconnaissable parcourt toute la série, des visuels jusqu’à la bande-son composée par le légendaire Shiro Sagisu. Et puisque NGE faisait lui-même énormément référence à Ultraman et aux productions de la Tsuburaya, on peut dire qu’avec SSSS.Gridman la boucle est enfin bouclée, et que NGE a reçu vingt ans plus tard la réponse qu’il attendait désespérément.

On retrouve également ce sens du style dans les dialogues, écrits par un bonhomme nommé Keiichi Hasegawa qui a fait l’essentiel de sa carrière chez Tsuburaya en rédigeant les scénarios de feuilletons de la saga Ultraman. Et l'apport d'un scénariste qui vient du milieu de la série live est assez flagrant, les personnages s’exprimant avec un ton ordinaire et un flegme inhabituel. Les héros ont vraiment l’air de gamins qui s’emmerdent jusqu’au moment où les monstres arrivent et où il faut crier les techniques spéciales du genre « Gridknight Saber Slash ! » ou je sais pas quoi. La série joue à fond sur ce genre de contrastes, ce qui peut désarçonner le spectateur qui s’attendrait à quelque chose de conventionnel.

SSSS.Gridman est une série dont le ticket d’entrée coûte cher et qui ne s’adresse pas à tout le monde. Ce n’est pas une insulte ou une manière de rabaisser le public, mais une simple réalité ; cet anime parle de choses qui échappent à la plupart des gens. C’est toute la différence avec un truc comme DarliFra qui alignait bêtement ses références pour tenter de plaire à son public ; SSSS.Gridman n’est pas un plagiat mais un hommage, qui cite ses sources et apporte une réflexion sur le genre dans lequel il s’inscrit. Et pour ceux qui se sentent concernés, ou qui veulent découvrir quelque chose de nouveau, c’est un vrai coffre au trésor. Non seulement SSSS.Gridman est un des meilleurs animes de l’année et un des meilleurs Eva-like de ces derniers temps, c’est également sans aucun doute possible la meilleure série que le studio Trigger ait jamais produite.

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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