Je viens tout juste de revoir ce film que j'avais quelque peu oublié depuis le temps !
Sur fond de quasi guerre civile entre forces gouvernementales et organisations terroristes, on suit un certain Kusuki Fuze, soldat d'élite viré de l'armée après avoir refusé d'abattre une jeune fille porteuse d'une bombe. Hanté par ce souvenir, Fuze décide de se rendre à l'endroit où sont entreposées les cendres de la kamikaze. Il y rencontre la grande soeur de la fillette, avec qui il se lie d'amitié. Mais Fuze est surveillé, on le soupçonne d'appartir à la "brigade des loups", groupe rebelle infiltré dans l'armée jusqu'au plus haut niveau...
Difficile de savoir qui est avec les terroristes et qui soutient le gouvernement. Même la police entre en conflit avec l'armée et son unité d'élite... De ce point de vue, le scénario est vraiment bien fichu, entremêlant les pistes et brouillant l'esprit du spectateur. Le design un peu old-school reste très soigné et agréable (notamment les fameuses armures !). L'histoire d'amour est elle aussi une réussite, entre le mutisme de Fuze et la pudeur d'Amemiya. En tout cas la mise en scène efficace n'a aucun mal à convaincre.
Un très très bon film, adulte et soigné. Le ton reste sombre et l'humour n'y tient pas une grande place, mais l'ensemble est tellement bien fichu. Un must !
Très certainement le meilleur animé que j'ai vu à ce jour car, en plus d'une réalisation soignée, il bénéficie d'un scénario particulièrement complexe mais passionnant car bien mené. Un thriller digne du cinéma où il est difficile de savoir qui manipule qui, prenant à tel point que même des personnes qui sont pourtant réticentes dès qu'on leur parle d'animation japonaise restent bluffées. Touchant un sujet rarement abordé par ce biais, entre le politique, le policier, le terrorisme, mais aussi le thème de l'amour impossible, il renvoie à la petitesse des hommes de conviction qui sont capables de sacrifier le beau et leur âme pour une cause.
Comme il a été dit précédemment, les passionnés d'histoire du Japon seront forcément intéressés par les implications politiques de Jin Roh qui ramènent à la période très particulière de l'après 1945.
A voir, à revoir, à garder précieusement. C'est ce que l'on appelle une oeuvre.
Un 10 même s'il est illusoire voire prétentieux de vouloir affliger un tel film d'une note.
Aucune critique sur Jin Roh ? Ô horreur ! Ô désespoir ! Ô inculture mangaesque ! :ppp
Je reprends une critique que j'avais élaborée sur un autre site, en la remaniant... (et ce sera tout pour aujourd'hui !)
Jin Roh : (人狼)
Auteur : Mamoru Oshii
Genre : Thriller, policier & Petit Bijou à voir absolument !
Avant de commencer la critique de ce film, je voudrais rectifier un peu : Jin Roh est une fiction, mais reste un hommage au passé de l'archipel nippon. On voit en effet les Japonais comme un peuple paisible qui ne connaît pas les tensions sociales, ni les manifestations ; l'image du Japonais en grève, continuant de travailler mais avec un brassard "en grève" reste plaquée dans notre - fausse - vision de ce pays. Avant 1970, à la fin de la reconstruction, le Japon était en effet presque en état de siège.
Le contexte repris est celui de la Guerre Froide. Les deux blocs s'affrontent plus ou moins ouvertement, par pays interposés, par idéologie et partis politiques. Après les deux Corées, le Japon devient un territoire revendiqué par les Américains comme une base avancée contre l'URSS. Les étudiants communistes et les syndicats dont les ficelles sont tirées par la Douma vont créer de graves tensions, et toute une séries d'émeutes jusqu'en 1970.
Cette même année, devant la résistance des politiques japonais à l'élaboration d'un régime communiste, ainsi que de la population - effrayée à juste titre par les massacres & la perte de patrimoine causés par la Révolution Culturelle de Mao en Chine, qui souhaite étendre le printemps des Peuples - , un coup d'état des ultraimpérialistes, de la Tate no Kai (Société du bouclier), dirigée par l'intellectuel & écrivain Yukio Mishima ("La pierre et le sabre"), échoue le 25 novembre 1970 à soulever les généraux contre l'occcupant américain et le "danger russe", en vue de rétablir un pouvoir impérial et shogunal - premier ministre disposant des pouvoirs militaires - comme du temps du général Tojo, pendu en 1948 après les procès de Tokyo. Il se suicidera par seppuku à son domicile, quelques minutes avant que l'on ne vienne ne l'arrêter. Mishima ("Le trotskyste nippon") est considéré aujourd'hui comme l'un des grands auteurs de son temps : lisez "la Pierre et le sabre", il vaut le coup.
Après cela, le Japon connut malgré le choc pétrolier la fin des émeutes aussi violentes... jusqu'à l'éclatement de la bulle spéculative de 97, qui fit une dizaine de blessés dans quelques émeutes, il y a peu.
Le scénario part donc de ces évènements, mais pour pallier aux polémiques éventuelles, ceux-ci sont adaptés, renommés, et l'invention de l'unité Panzer - qui n'a jamais existé - veut faire de ce film une fiction, je le répète. Le dessin n'a pas été fait à l'ordinateur, et c'est rare à souligner, pour un film sorti en 1998 ! Le style reste donc "old school", très sombre, dans des teintes pastels qui virent du très détaillé jusqu'au flou - scène finale - ce qui ajoute indéniablement à ce film. Les musiques, signées par Mizoguchi Hajime (Escaflowne...), sont absolument poignantes.
Le DVD : edition collector française absolument indispensable : 2 DVD + OST, dans un coffret - avec un dessin signé pour ma part par l'auteur à un festival d'Annecy - image sublime, son 5.1 de très bonne facture, DVD bouré de bonus, interviewant tout ce qui pouvait être interviewable, des extraits, des scènes disséquées, un making of intuitif, des scènes coupées... Le film lui-même est en deux langues, mais pour une fois, la VF est très bien réussie... j'arrive même à la préférer à la VO, c'est dire !
La bande-son convient parfaitement au film. Une harmonie triste mais qui crée l'ambiance voulue. La piste 20 et la montée des harmoniques des violoncelles et de la contrebasse en arrière plan est inoubliable, le thème d'ouverture en guitare semi électrique est sombre, mais colle parfaitement au film.
L'originalité de Oshii est d'avoir mêlé à son film l'histoire du petit Chaperon Rouge, ajoutant cette touche de poésie qui fait toute la différence dans l'atmosphère d'un film.
C'est l'un des films d'animation que je préfère. Adultes uniquement.
10 sans hésiter. Une pure merveille.