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Quand l'érotisme met une claque au porno-soft

» Critique du manga Nozokiana par Kanade Kyoshiro le
18 Mars 2014

L'érotisme, c'est compliqué. C'est compliqué parce que l'érotisme c'est l'art et la manière d'exploiter l’esthétisme de la sensualité et de l’attrait artistiquement "beau" à travers l'amour - et par extension le désir sexuel qui l'accompagne ; mais (parce qu'il y a un très gros "mais" que beaucoup ont, semble-t-il, oublié) l'érotisme ne rapporte pas à l'acte sexuel lui même.
"Une œuvre sexuelle explicite est dite pornographique et une œuvre sexuelle non explicite est dite érotique" : c'est faux. Il est tout à fait possible de créer une œuvre érotique sans le moindre rapport sexuel direct, ici ce n'est pas le cas mais cela n'est pas du tout contradictoire, l'érotisme et le sexe sont étroitement liés mais l'érotisme n'est pas juste du "sex light" c'est très loin d'être le cas, l'érotisme est ce qui renvois au désir sexuel et à tout son aspect psychologique et c'est la que, grosse surprise, Nozokiana a parfaitement compris la nuance.

Nozokiana n'est pas, clairement, un porno soft maquillé en manga érotique prétexte à exploiter des relations sexuelles basiques sans profondeur, comme on peut en retrouver dans beaucoup de mangas ou d’animés qui se veulent soi disant érotiques. Déjà par le simple fait que toute la base de la relation entre les deux protagonistes principaux repose sur du voyeurisme. Ils s'observent mutuellement à travers un trou dans un mur qui sépare leurs deux chambres respectives. On a donc un manga érotique ou les deux personnages principaux n'ont même pas de contacts physiques entre eux. Toute la sensualité et le désir qui unit les deux personnages principaux passe à travers le voyeurisme où ils s'observent avoir des relations sexuelles avec d'autres personnes, ou alors qu'ils sont seuls à ce masturber. Et toute cette dimension alternative donne une réelle profondeur au propos de cette œuvre. C'est toute la progression psychologique du personnage principal de Kido devant cette dimension sexuelle externe à l'acte sexuel à proprement parler qui donne de la matière au scénario.

Dans un premier temps c'est sa voisine Ikuno Emiru qui le piège pour l'obliger à participer à ce "jeu" avec ses "règles de voyeurisme". Kido qui est au départ très réticent se surprend lui même à volontairement regarder chez sa voisine, à devenir lentement mais volontairement voyeur.
Et à partir de ce postulat se créé un lien étroit entre Kido et Ikuno, le rapport que Kido a avec l'amour, avec le sexe, et toutes les difficultés qui vienne s'ajouter du fait que quand Kido veux faire l'amour à une femme, cette situation normalement intime qui unit deux personnes, il ne sont jamais vraiment deux mais en réalité trois car Kido ne peut pas, bien évidement, s'enlever de l'esprit qu'il y a Ikuno qui les observe et que ce secret ne doit pas être percé à jour.

Là-dessus Nozokiana est excellemment bien pensé, c'est de l'ordre du génie, le design est très beau et il n'est pas vulgaire ce qui est très important pour marquer la nuance érotico/pornographique trop absente dans la plupart des œuvres de ce genre.

A ce titre, le début est trompeur, car plusieurs relations sexuelles paraissent impersonnelles. Exemple radical, une scène de fellation dans l'enceinte de l'école qui rappelle plus une situation hasardeuse anecdotique choisis pour le plaisir de balancer vulgairement une scène de sexe pour meubler et appuyer le :" on parle de sexe, on veut du sexe, voilà du sexe !"... Arrivé à cette scène j'ai été radicalement déçu de cette histoire qui me semblait vide d’intérêt. Je n'imaginais pas à ce moment précis à quel point je ne pouvais pas être plus loin de la réalité car chacun des choix scénaristiques a été minutieusement étudié. Cette scène de sexualité vulgaire est volontairement présente pour poser un contraste entre le déferlement bestial des sens dans un acte d'une frénésie presque animalz, de pulsions devant la puissance du désir, et la tendresse sensuelle presque poétique du sexe profond, du sexe amoureux, du sexe passionné. Tout est mis en œuvre pour faire ressentir au lecteur toute la psychologie, toute la projection mentale du héros devant son rapport à l'amour et au sexe et c'est très bien réussi.

Pour toutes les personnes qui n'aiment pas l'érotisme ou qui en ont marre de voir des mangas sans aucune profondeur, je vous recommande grandement Nozokiana, c'est un petit bijou de cet art hautement incompris qu'est l'érotisme dans toute sa beauté et surtout toute sa dimension psychologique car je le redis : non et encore non l'érotisme ce n'est pas juste un prétexte à faire du hentai tout public, quand le pinceau est tenu par une main experte, et c'est très clairement le cas ici, le résultat obtenu peut vraiment être grandiose, d'un soin appliqué inouï, même si on parle de voyeurisme ou de sexe.

Verdict :9/10
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A propos de l'auteur

Kanade Kyoshiro, inscrit depuis le 17/02/2014.
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