Critique de l'anime Oreimo (TV 1)

» par Deluxe Fan le
24 Février 2011
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Oreimo : la mélancolie de Kirino Kôsaka

Ore no imôto ga konnani kawaii wake ga nai est un des animes les plus difficiles à critiquer que j’ai rencontré. Difficile en effet, car sous son apparence simple et sans prétention, se cache une machine réglée comme une horloge suisse.

Oreimo se différencie de la masse par son succès insolent, presque aussi insolent que son héroïne. Avec le recul, je pense que l’on peut tenter de déterminer les causes de ce succès. A mon avis, il s’explique par un choix stratégique efficace bien que peu original. Ainsi, Oreimo ne va pas chercher comme 90% de la production industrielle animée à fédérer le maximum de personnes autour de stéréotypes connus. Oreimo est plus malin : il va directement attraper l’otaku là où il se trouve, et l’attaquer avec un fan-service très agressif. Et avant même que l’on ne s’en rende compte, Oreimo est devenu un phénomène.

Comment a-t-il fait ? En utilisant des thèmes purement otaku pour cibler au maximum. Et puis ensuite, il va frustrer le spectateur par un fan-service quasi permanent.

Oreimo est le genre d’anime qui, comme je l’ai dit, choisit son spectateur ; si vous n’êtes pas un otaku pur et dur, ce n’est même pas la peine de chercher à comprendre ce qui se passe. Tsundere, imôto, eroge, siscon, brocon, loli, moe : il faut maîtriser ces termes de jargon. Car Oreimo n’est pas une sorte de machin pédagogique où l’on va vous apprendre la vie, il réclame de son spectateur qu’il fasse la preuve de son appartenance de longue date à la guilde des otakus. Mais si vous prouvez votre valeur, Oreimo sera généreux avec vous.

Car cette série s’avère être un cadeau fait au otakus. Tout est là : le héros qui se laisse marcher sur les pieds, la petite peste qu’on adore détester, une relation ambigüe et parfaitement intolérable entre les deux, les eroges dégueulasses, des magical-girls, des goth-loli, des références toutes les trente secondes, une visite du quartier d’Akihabara, du Comiket d’été…. Y’en a tellement…. J’en peux plus…. Aaaaah….

Hem, bon, vous aurez compris que Oreimo s’adresse complètement et exclusivement aux otakus qui y trouveront des thèmes qu’ils sont les seuls à comprendre, renforçant l’identification et l’implication du spectateur dans une série qui « leur parle ».

Mais qu’est-ce qu’Oreimo a de plus qu’un Genshiken ? Hormis le fait que ce n’est pas ennuyeux à crever ? La manière dont c’est raconté, je dirais.

Kyôsuke Kôsaka vit des jours presque heureux avec sa famille dans un quartier résidentiel etc. Il a une relation conflictuelle avec sa sœur Kirino qui est son exact opposé.

Je m’arrête deux minutes là-dessus. Parce que cette opposition est je trouve un point central de la série. En effet les réalisateurs ont mis les bouchées doubles pour insister sur la dualité entre Kirino et Kyôsuke. Ainsi, le chara design est contrasté : le frère a des petits yeux et des cheveux noirs, le japonais typique en somme. Quant à Kirino, elle a des cheveux roux flamboyants et des grands yeux verts, des vêtements flashy et du vernis fluo aux ongles, façon kogaru tokyoïte. Lui est lycéen ordinaire, elle est championne d’athlétisme, modèle pour des marques de vêtements, elle gagne sa vie et se sert de son fric pour s’acheter ce qu’elle veut. Suffit de voir la chambre de la demoiselle : rempli de machins roses mignons, avec un placard secret et un ordi portable dernier cri, alors que la piaule du frangin est encore plus vide et triste que la mienne…. Au fil de la série, cette opposition se nuance : certes la sœur réussit tout ce qu’elle entreprend, que ce soit l’écriture d’un roman ou un voyage aux États-Unis, mais le frère parvient à avoir l’ascendant sur elle en découvrant son secret.

Car Kyôsuke finit par découvrir que sa sœur, si intouchable, si douée, si pure, si jolie, si parfaite, est en réalité la pire perverse du coin. Car Kirino joue aux eroge. Des eroges avec des Onii-chan et du yamete kudasai dedans. Beurk…

C’est là que la mise en abîme entre en jeu : Kirino fantasme sur des histoires d’incestes, mais avec son frère elle est une vraie teigne. Toute la série repose là-dessus : Kirino va-t-elle, inconsciemment, s’identifier aux personnages de ses jeux vidéo ? La série refuse, du moins au début, de donner la réponse et c’est là que le spectateur commence à se frustrer. Encourager par le nombre hallucinant de sous-entendus, il continue pour trouver le fin mot de l’histoire. Et c’est bon, vous êtes pris au piège.

Cette tactique de frustration continuelle du spectateur n’est pas originale : elle a déjà été réussie par SHNY. Dans les deux cas, l’anime capitalise sur la relation ultra-ambigüe entre l’héroïne et son faire-valoir, et dans les deux cas, l’héroïne est insupportable et le héros une limace dont les coups de sang sont aussi rares que spectaculairement grandiloquents. Aussi dans les deux animes on a droit à tout un tas de personnages secondaires caricaturaux au possible, qui tournent autour de notre couple. L’anime insiste particulièrement sur Kuroneko, la rivale gothique de Kirino. Mais pour faire un pied de nez à toute la communauté, je pense qu’hormis son doublage par Kana Hanazawa ce personnage est très peu intéressant. Et je ne parle pas de Saori ou de l’amie d’enfance du héros, dont on se demande encore ce qu’elles font là.

L’anime parle encore d’autres thèmes, dont l’un d’entre eux est la perception des otakus dans la société. Dans Oreimo, on peut être une personne intégrée socialement, on peut être un otaku, mais certainement pas les deux en même temps. Kirino a peur de ce que l’on peut penser d’elle si on découvre qu’elle joue à des eroges. Kirino vit dans le monde de l’apparence (elle est mannequin) et cela est un frein pour assumer sa passion. La scène qui le montre le mieux est celle où Ayase, la meilleure amie de Kirino, surprend celle-ci alors qu’elle sort d’une convention. D’un seul coup, le ciel s’assombrit, la pluie tombe, Kirino déprime… Heureusement qu’Onii-chan est là pour rectifier le tir. Il lui sauve la face à plusieurs reprises, notamment face aux parents, vers le début de la série. A ce titre, j’ai trouvé les personnages assez lâches, puisque à chaque fois Kyôsuke prend sur lui pour protéger sa sœur. Il se fait passer pour ce qu’il n’est pas pour racheter une conduite à Kirino auprès de la société. Je n’aime pas beaucoup les personnages qui ne s’assument pas dans les animes.

En parlant d’expérience personnelle, je pense que chacun peut apprécier différemment cette histoire de lien entre Kirino et son frère. Beaucoup se sont offusqué de la « soumission » de l’ainé face à la cadette, soumission qui prenait la forme de coups et d'insultes. C’est essentiellement hyperbolique, et il ne faut pas prendre cela au premier degré (ou alors c’est grave). Pour ma part, ma situation familiale est similaire à celle de la famille de Kyôsuke (famille nucléaire machin tout ça…) et je me suis facilement identifié au personnage. Évidemment cela ne justifie rien du tout, mais on ne peut nier que cet anime fait appel à notre propre perception de ce que doit être une relation de ce type.

La réalisation de l’anime est conforme aux standards actuels : manquant cruellement d’inventivité mais techniquement sans grand défaut. Le chara-design est très à mon goût, varié, rond et mignon. L’opening est sympa et change un peu à chaque épisode. L’ending est différent à chaque fois mais toujours aussi mauvais par contre.

Notez que l’anime ne contient pas douze mais seize épisodes. En fait, il existe deux versions de l’épisode douze : la première, qui fut diffusée à la télé, conclut la série, mais ne suit pas l’histoire du roman dont elle est adaptée. Le deuxième épisode douze, constitue une fin alternative qui ouvre sur trois autres épisodes qui poursuivent l’histoire, diffusés sur Internet. Ca à l’air compliqué comme ça, mais encore une fois n’importe quel otaku connaît le système de routes et de fins alternatives abondamment utilisé par les RPG et les VN. Encore une preuve que Oreimo vise un public bien particulier, même si j’ai toujours milité contre ce type de format hybride, bâtard, qui confond l’anime et le jeu vidéo. Mais c’est la malédiction qui pend aux séries qui jouent sur le fan-service à outrance.

Oreimo est un anime qui ne démérite pas son succès. Sa stratégie marketing tellement efficace l’obligeait à marcher. Pour ma part, ce n’est pas tant l’anime en lui-même qui m’a plu, mais la logique avec laquelle tous les éléments qui le constituent s’emboîtent pour mener l’otaku par le bout du slip. Il échoue néanmoins à imposer sa marque indélébile sur le média, pour de multiples raisons : une mise en scène banale (c’est ce qui le différencie fondamentalement de SHNY), et un rythme très inégal. Certains épisodes sont vraiment bons tandis que d’autres s’oublient à peine les a-t-on regardés. A l’intérieur même des épisodes on retrouve cette inégalité : certains gags sont marrants d’autres pas. Au final, on ne retient d’Oreimo que quelques scènes bien spécifiques, mais pas un tout cohérent.

Mais le défaut majeur de la série tient à ses personnages dont les réactions se situent à plusieurs kilomètres de toute crédibilité. La faute à leurs caractères extrêmement stéréotypés, corollaire de la démarche de ciblage des otakus évoquée plus haut. On ne peut pas tout avoir.

Mon intime conviction est qu’Oreimo mérite d’être vu ne serait-ce que pour voir ce que c’est qu’un anime pour les otakus, les vrais. Chef de file de la mode du siscon à laquelle nous faisons face actuellement, il regroupe un nombre tellement incalculable de clichés et de références qu’il en acquiert une dimension presque encyclopédique. Si vous n’êtes pas trop un novice et que vous cherchez un truc pour vous détendre, allez-y. 6,5/10

Les plus

- Très ciblé otaku, jusque dans sa composition

- Chara-design mignon

- ... J'aime bien l'opening...

Les moins

- Faut pas chercher le scénario

- Personnages mal écrits

- Conclusion peu concluante

Verdict :6/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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