Ce n’est que treize années après sa création qu’il m’est venu à l’esprit de visionner Memories. Référence culte de l’animation japonaise pour beaucoup, cette œuvre massivement appréciée impressionnait par l’emprunte personnelle de l’auteur vraisemblablement très marquée. Et plus l’empreinte est forte, plus le parti-pris l’est, et plus il est dur de rester objectif.
Quoiqu’il en soit, je me suis confronté à l’imagination saugrenue d’Otomo le temps de trois courts-métrage, et j’en suis sortis comblé.
Je sais, bien évidemment, que les trois court-métrages pourraient être traités séparément, puisqu’ils sont sans liens les uns vis-à-vis des autres, mais je vais tâcher de les regrouper en recensant un maximum d’éléments à commenter.
Memories nous offre avant tout trois visuels, trois ambiances totalement différentes les unes des autres. On suit trois styles différents, dans tous les cas franchement beaux à voir et surtout, très marqués. On réalise rapidement que beaucoup d’animes récents sont frappés d’un conventionnalisme toxique alors qu’il existe au-delà de ces codes préétablis une infinité de possibilités esthétiques, pas nécessairement laides ni anticonformistes, juste différentes.
On prend donc plaisir à se promener dans ces univers, d’autant plus que pour l’époque, tout est absolument somptueux. L’animation rivalise avec certains animes récents, et l’image, bien que ne bénéficiant d’aucun traitement numérique, nous offre un niveau de précision et de propreté dans l’animation d’excellente facture.
De toute manière, il me semble inutile de tourner autour du pot trop longtemps, ces court-métrages sont magnifiques et possèdent un potentiel artistique qui, selon moi, transcende totalement le seul domaine de l’animation japonaise.
Seul reproche que les belliqueux parviendront à faire : il sera surement difficile pour certains, vu le parti-pris radical du visuel, d’apprécier le style de chaque histoire courte. Je pense notamment à la dernière, Canon Folder, qui est selon moi une perle rare de l’animation, mais qui pour certains paraitra à coup sûr aussi vide de sens que d’intérêt.
Les scénarios sont travaillés d’une matière relative, étant donné qu’ils ne sont pas forcément l’élément principal des trois films.
Pour le premier, Magnetic Rose, sa présence est fortement marquée car nécessaire, tandis que dans les deux suivants, c’est soit le burlesque, soit l’univers, qui sont de loin les plus importants.
C’est pour cela que Memories n’est pas à aborder comme n’importe quel anime. C’est une œuvre artistique avant tout. L’intérêt n’est pas d’observer, pendant quarante petites minutes, une histoire extraordinairement prenante se dérouler sous vos yeux, mais plutôt de découvrir trois ambiances, trois rythmes, trois tons et inévitablement trois réalisateurs différents. C’est un exercice de style, voila tout.
L’ambiance sonore ne m’a pas troublé plus que ça, malgré l’intervention de Yoko Kano dans le premier court-métrage. Les musiques servent et collent tellement bien à leurs contextes respectifs qu’il est difficile, avec le recul, de la dissocier clairement afin de pouvoir l’analyser avec justesse.
Une chose est sûre, elle n’a pas été dérangeante pour un sou, au même titre que les doubleurs, bien dans leurs rôles, et parfaitement efficaces.
Enfin, s’il fallait conclure de manière pertinente cette critique, je me verrai dans l’obligation de vous dire que tout ce que j’ai écris ne parviendra pas à vous donner une idée précise de ce à quoi vous devriez vous attendre. Comme toute œuvre artistique qui se respecte, elle se doit d’être vue pour être jugée. On peut critiquer un tableau, la critique seule ne se substituera jamais au regard. Il en est de même pour Memories, car ces trois courts-métrage ne peuvent se critiquer objectivement, il vous faudra de les voir.
Memories regroupe 3 nouvelles de Katsuhiro OTOMO, qui pour rappel, nous a déjà gratifié d'oeuvres incontournables comme Akira ou encore plus récemment Metropolis et Steamboy.
Pour cet opus, Otomo s'est fait aider par des grands noms de l'animation japonnaise, tant au niveau de la réalisation que de la musique.
C'est en toute confiance que j'ai donc abordé le visionnage de Memories, et je n'ai pas été déçu.
Magnetic Rose nous propose le scénario assez basique d'une équipe d'éboueurs de l'espace contrainte à une mission de sauvetage imprévue dans un lieu menaçant.
Court métrage oblige, on ne s'étend pas sur les personnages ; pourtant les quelques dialogues et plans sur les visages suffisent à cerner les principaux protagonistes et l'ambiance générale.
La menace qui plane autour de cette île perdue dans l'espace va crescendo et l'on subodore rapidement l'issue de cette expédition.
A la manière de l'équipage d'Ulysse à l'écoute du chant des sirènes, nos deux héros sauveteurs, se font absorber par cet îlot de chaleur qui leur manque tant.
Mais ce monde, qui n'apparaîtra finalement n'être qu'une immense illusion sous contrôle absolu d'une entité, démontrera la fragilité de l'humain, et la facilité avec laquelle on peut le détourner lorsque celui-ci est détaché de ses racines.
Ce qui frappe est la qualité technique de ce court métrage que l'on peut qualifier de réussite sur tous les points.
Visuellement tout d'abord, Morimoto qui se charge de la mise en scène réalise ici un travail somptueux ; les dessins sont très détaillés, les personnages très expressifs.
L'animation dénuée de tous plans fixes procure aux scènes spatiales un réalisme très poussé notamment au niveau du rendu général de l'apesanteur et du mouvement perpétuel de cet environnement.
Le contraste entre l'univers froid des débris spatiaux et la découverte des somptueux décors de l'opéra avec des marbres quasi palpables et ses prairies verdoyantes, nous jaillit carrément au visage.
A ce magnifique tableau vient s'ajouter la musique de Yoko Kano qui fait se succéder efficacement des airs de saxo planant qui me rappellent Cowboy Bebop ou encore BladeRunner, à quelques passages de l'opéra Madame Butterbly de Puccini.
Une remarquable réussite visuelle malgré l'année de diffusion et un scénario à l'intensité croissante qui garde en haleine.
Deuxième court métrage, La bombe puante évoque les mésaventures d'un chercheur japonnais qui, croyant soigner son rhume, va malencontreusement absorber un tout autre genre de pilule expérimentale.
Celle-ci va le transformer en une véritable usine à gaz mortel ambulante, dévastant tout le pays sur son passage.
L'originalité de ce court réside dans la manière dont est abordé ce thème : au lieu de sombrer dans les aspects et clichés des classiques récit d'holocauste, Otomo utilise ici l'humour comme catalyseur ; et ma fois ça marche à la perfection : quel plaisir de voir ce pauvre chercheur, ne captant absolument rien à ce qui lui arrive et détruisant les pans de la société que chacun de nous déteste le plus, face à une armée absolument inefficace en dépit de son déballage de grosse artillerie.
Au delà de l'évidente dénonciation des recherches à fins militaires, Stink Bomb est une critique acerbe de la bureaucratie japonnaise, de l'inefficacité de ses gros vieux hiérarques crétins et déconnecté de la réalité, et enfin, un bon pied de nez jouissif au bon samaritain américain qui cette fois ne sauvera pas le monde.
Tensai Okamura (Wolf's Rain) réalise un anime très agréable à regarder ; les personnages sont expressifs et les décors rivalisent de détails.
La musique de Jun Miyake quant à elle accompagne et renforce parfaitement, par ses airs jazzy, dans un premier temps l'atmosphère intrigante de la première partie et par la suite l'approche humoristique de la deuxième partie.
Canon Folder, semble être l'oeuvre d'Otomo la plus intime des trois, assurant lui même la réalisation de ce dernier court métrage.
On retrouve quelques uns des thèmes de Stink Bomb mais traités cette fois avec une formidable noirceur.
On suit la journée ordinaire d'une famille moyenne dans une société imaginaire qui se veut intemporelle ; un univers oppressant et paranoïaque ou chaque communauté vie autour et pour une seule chose : un canon énorme, érigé en Dieu.
Cette société semble lutter contre un ennemi hors d'atteinte dont on finit par douter de l'existence tant la population ne semble pas s'en préoccuper.
Les journées, les vies de ces entités qui forment ces sortes de fourmilières ne sont rythmées que par les tirs du canon.
On évolue dans un univers martial, ultra-hiérarchique et autoritaire, quasi carcéral, où les contremaîtres portent la petite moustache et où le summum de la réussite (et de la mégalomanie) est incarnée en la personne qui "appuie sur le bouton".
On retrouve dans les décors, par le biais des symboles et des typographies, l'évocation des heures les plus noires de l'humanité: les dictatures chinoises, Staliniennes, SS, même les USA .
D'un point de vue technique, canon folder est atypique car tourné magistralement en un seul plan séquence.
Les décors très travaillés et ultra détaillés, jusqu'à l'indigestion même, contrastent avec les traits crayonnés et l'aspect caricatural et stéréotypé des personnages qui renforce le coté inhumain et robotisé de cet univers.
Pourtant, rien de plus émouvant, à la fin, que le regard de ce père conscient du monde qui l'entoure vers ce fils si naïf plein de rêves et d'espoir qu'il sait finalement condamné au même sort que lui.
Avec ce troisième opus, on atteint une sorte de paroxysme de la noiceur. Otomo écrit ici une sorte de symphonie à la manière de The Wall, un univers qui lui servira de base à l'élaboration du scénario de Steam Boy.
J'ai été largement séduis par Memories et ce sur plusieurs points
D'une part, le format dynamique du court métrage donne un avantage à l'oeuvre où on ne risque jamais de tomber dans l'ennui. Chaque film a un message à faire passer, et Otomo le fait vite et bien sans que cela soit trop au détriment des personnages.
Par ailleurs, la disposition des épisodes (esthétique - humoristique - philosophique) guide parfaitement le spectateur et Otomo montre sa maîtrise des différents aspects sous lesquels aborder un animé.
Enfin, Otomo fait passer ses messages de différentes manières (subtilité, humour...), sans sembler pour autant s'ériger en moralisateur.
Une grande réussite à mon avis.
Compilation de 3 films indépendants, Memories fait partie de ces films qui animent l'imagination.
Magnetic Rose
Yoko Kanno à la musique !
Un scénario classique qui tourne au drame psychologique. Le genre de journée quotidienne qui se transforme en histoire mémorable.
Stink Bomb
Un pur délire des concepteurs à l'animation sans faille et avec un personnage centrale qui fait tout de même bonne poire !
Gratter sous la couche humoristique fait tout dê même apparaitre des perspectives inquiétantes...
Cannon Fodder
Le scénario qui lui inspira SteamBoy ! Bien que les deux ne se rapprochent que par le thème du steampunk.
Les dessins sont particuliers mais l'histoire est assez explicite. Ce qu'aurait pu devenir une nation ?
Un de mes cadeaux de Noël et auquel je ne m'attendais pas du tout : le DVD de Memories de Katsuhiro OTOMO, un monstre sacré de la japanimation (Akira, Metropolis).
Il s'agit en fait de 3 petits animés de durée égale (le DVD dure 1h50) : La Rose Magnétique - La Bombe Puante - Chair A Canon.
La Rose Magnétique se déroule à la fin du XXIème siècle, dans l'espace. U petit vaisseau de 4 membres reçoit un SOS venant d'une zone de l'espace appelée le Cimetière de l'Espace. Ils décident cependant d'aller voir qui a émis ce signal. Sur place, 2 des membres découvrent un vaisseau qui semble être abandonné et hanté par une ancienne diva.
Cette histoire est très prenante par le mystère qui réside sur le vaisseau et ses "occupants". Une aventure sidérale éblouissante.
La Bombe Puante se déroule plus dans notre époque, un jeune chimiste, Nobuo Tanaka, atteint par un rhume très persistant décide de prendre un pillule, sous les conseils d'un de ses camarades, dans le bureau de son patron, des pillules qui soignent prétendument de la fièvre avec vitesse. Le patron s'en aperçoit et, paniqué, cherche Tanaka partout dans le labo : ces pillules n'étaient pas faites pour soigner de la fièvre. Pendant ce temps, une odeur bizarre se propage dans le labo. Tanaka, qui dormait dans la salle d'attente, se réveille le lendemain matin dans le labo, mais tout le monde semble inconscient. Que s'est-il passé et pourquoi le chef a coupé l'alarme bactériologique ?
Une histoire très drôle qui se place dans le genre d'humour noir et du n'importe quoi à certains moment.
Chair A Canon n'a pas vraiment de situation chronologique, dans le monde de cet animé, la machinerie militaire prône sur tout : la plupart des immeubles sont couronnés par un canon et tout le monde travaille dans les industries militaires. Cet animé dépeint donc une journée dans une cité organisée autour d'une unique activité : tirer au canon sur un ennemi inconnu.
Cet épisode qui, au début me semblait le moins intéressant (qualité graphique digne d'un animé des années 80, histoire qui tourne autour de l'Armée...), est en fait le plus riche : dirigée par un système politique qui s'apparente à une dictature (tout le monde travaille pour l'Armée sans discuter, les enfants sont éduqués dès le début aux bases militaires (ce qui n'est pas sans faire penser au système des jeunesses hitlériennes), dans la famille que l'ont suit pendant l'épisode un tableau représentant un commandant de mise à feu orne le mur du couloir, les médias ne parlent de rien d'autre que de l'armée (même les émission sont basées sur ça), musique interdite...), cette cité, dont les habitants sont moches physiquement (ce qui traduit l'horreur d'un tel système), est habitée par des habitants qui savent qu'ils tirent sur une cible inconnu (si ce n'est inexistante) et dont les enfants ne rêvent que d'une chose devenir commandant de mise à feu (ou mieux).
En clair, un DVD que je conseille à tout le monde.