Fullmetal Alchemist : Brotherhood - Une licence rouillée ou inoxydable ?
Fullmetal Alchemist, FMA : deux mots et trois lettres gravés au fer rouge dans la mémoire de bon nombre d’amateurs de la japanimation. La série avait réussi le tour de force de plaire à la fois aux vieux routards qui en ont vu d’autres ainsi qu’aux petits nouveaux. Certains esprits chagrins me reprocheront peut-être la simplicité de la formule mais la série avait eu droit à une critique unanimement positive. Quand Bones annonce alors une nouvelle saison intitulée "Brotherhood", il n’en faut pas plus pour captiver l’attention. Mais plantons d’abord le décor et l’histoire pour ceux qui auraient vécu dans une grotte plutonienne ces cinq dernières années.
Dans un monde alternatif où l'alchimie, cette capacité de transmuter (comprendre "transformer") des objets, comme par exemple
changer le plomb en or, n’est pas qu’un mythe, Edward "Ed" Elric et son cadet d’un an, Alphonse "Al", sont deux frères passionnés de cette science. Leur mère les élève seule depuis le départ de leur père alors que Alphonse n’était qu’un bébé. Puis leur mère meurt de maladie et probablement d’épuisement. Trois ans plus tard, on retrouve deux frères bien différents. Ed a perdu un bras et une jambe, remplacés par des auto-mails, des sortes de prothèses cybernétiques aussi maniables que de vrais membres qui n’ont pas encore leur pareil dans notre monde. Ed s’est engagé dans l’armée en tant qu’Alchimiste d'État, une position assez décriée parmi le peuple. Mais c’est Al qui est le plus transformé : il a perdu son corps et il ne doit sa survie que parce que son frère a réussi l’impossible : sceller l’âme de son jeune frère sur une armure ! L’ellipse narrative de ces trois ans – comment ils ont pu être transformés à ce point, pourquoi Ed travaille pour les militaires – fait partie des intrigues centrales de FMA.
Voici, résumé en quelques mots, le point de départ de la série. Et du manga, car FMA est l’adaptation éponyme d’un manga de Hiromu ARAKAWA. Adaptation certes mais adaptation infidèle puisque le manga ne faisait que quatre tomes seulement lors de la réalisation de ce qu’il convient maintenant d’appeler la première série. FMA la série tenait plus d’une fanfiction portée à l’écran que d’une adaptation en fait : personnages non présents ou rajoutés quand ce ne sont pas les personnages bel et bien existants qui sont aux antipodes entre la première série et le manga, intrigues nouvelles, pivots narratifs différents… Jusqu’à la réalisation technique qui prend des libertés avec par exemple un chara-design assez éloigné du style d’Hiromu ARAKAWA ! Devant une telle prise de risque, il était presque inévitable de voir des levées de boucliers de part et d’autre entre ceux qui portent la série aux nues et ceux qui la veulent sur l'échafaud.
En effet, pour la plupart des adaptations animées, les épisodes avec une histoire originale par rapport aux mangas qu’ils adaptent, qu’on appelle épisodes hors-série ou HS, ont généralement mauvaise presse. Parfois nécessaires pour laisser le manga reprendre de l’avance dans l’histoire et ne pas stopper brutalement la série et perdre le créneau horaire, les HS sont accusés de surfer sur une vague mercantile ("ah les enfoirés, ils veulent gagner de l’argent") et surnommés en anglais "fillers", littéralement "qui remplissent". Ça meuble comme dirait l’autre mais ça ne fait pas avancer le schmilblick. Et FMA réussit le casse du siécle puisque là où un Naruto la joue petit bras composé d’un tiers d’épisodes HS (ce qui ne manque pas d’alimenter ses détracteurs), FMA avec ses deux tiers d’épisodes HS non seulement se fait pardonner ses incartades mais est même proclamé par certains meilleur que l’original ! Blasphème pour d’autres, le débat entre les pros et les antis fait rage. Débat déséquilibré pourtant au vu de la différence de support : l’expérience du visionnage d’un animé et celle de la lecture d’un manga ne sont pas les mêmes.
FMA:B se veut même porte-drapeau d’un autre symbole. FMA avait été popularisé en France par une diffusion sur une grande chaîne hertzienne, qui plus est à des heures catholiques ; une initiative qui n’a malheureusement pas fait d’émules malgré l’arrivée de la TNT. FMA:B se veut le chantre d’un nouveau mode distribution puisque les ayants droits japonais comme le producteur Aniplex et les détenteurs des droits d’exploitation en France, Dybex, sont parvenus à un accord et nous pouvons visionner la série six jours après sa diffusion au Japon en toute légalité, en version originale sous-titrée français et gratuitement en streaming sur la plate-forme Dailymotion. Cette initiative n’est pas sans défaut avec des problèmes de géolocalisation d’IP ou une qualité d’encodage sujette à caution - encore que j’estime que devoir se tenir à un mètre de l’écran n’est pas dommageable - mais elle marque peut-être une nouvelle étape de la japanimation en France, on n’ose y rêver.
Aussi, quand Bones place dans son line-up du printemps 2009 Fullmetal Alchemist: Brotherhood, ou FMA:B, et annonçait surtout à demi-mots une adaptation bien plus fidèle cette fois et que Dybex annonce sa diffusion, se prenait-on à croire en une paix revenue dans les chaumières otakes.
Symbole de la réconciliation ou nouvelle arme, il est peut-être un peu tôt pour juger – d’autant que la déviation première série / manga n’est pas encore franchement apparue –mais j’estime que FMA:B a raté le premier coche ou, pour être plus exact, n’a pas su distancer l’adversaire et a peut-être même pris du retard. Explications.
Mise en garde : peu m’importe les "attends, ça n’a rien à voir avec la première série, tu peux pas comparer les deux" il ne faut pas pousser pépé dans les chardons, il est évident qu’on va comparer cette nouvelle série à son aînée. Bien sûr, ça a quelque chose d’injuste : nouvelle histoire, nouvelle équipe de réalisation, c’est faire porter un fardeau supplémentaire à une production qui n’en manquait déjà pas. Mais la vie est injuste ma pauvre dame, il était évident que le cadet serait jaugé en fonction de son prédécesseur.
C’est techniquement que le bât baisse le plus. Au regard de la série de 2003, celle de 2009 n’a pas franchement progressé. Sur certains points, elle régresse même. Le chara-design est presque l’incarnation de ce double visage de la réalisation technique : d’un côté il est plus proche de celui du manga, de l’autre la reproduction plan par plan met en évidence ses faiblesses lors de passages SD. Le trait anguleux mais plein de caractère d’Hiromu ARAKAWA ne prend que toute sa valeur dans cette mise en page un peu déstructurée du manga. Cette notion ne peut être portée à l’écran mais sans cette perspective si particulière, les images perdent de leur sens.
Les décors perdent de leur profondeur et l’inégalité de traitement entre certains passages très bien réalisés et d’autres qui ont l’air d’avoir été confié à des lépreux aveugles coréens met un peu mal à l’aise le spectateur qui ne sait plus sur quel pied danser.
Est-ce à dire que tout est à jeter ? Heureusement non, c’est bien de Bones que l’on parle et si on est déçu, c’est à l’aune de ce à quoi le studio nippon nous avait habitués. Par exemple, je reste amoureux du travail qu’ils arrivent à faire sur la colorisation. Surtout, on retrouve la patte de Yasuhiro IRIE, le réalisateur de FMA:B, qui avait réalisé le premier générique de début de FMA : une animation des combats pour le moins dynamique, audacieuse et aérienne. Dans la mesure où le manga propose bien plus de combats - pour le moins épiques - que ce que la première série ne l’avait montrés, je me lèche les bobines d’avance.
Quand on en est à parler de génériques, ceux de FMA m’avait laissé une forte impression, surtout les openings. Je ne peux pas en dire autant de ceux de FMA:B qui manquent un peu d’envergure. Ils manquent un peu de caractère ou de pêche pour marquer la série. J’aime bien l’ending mais sans plus. Si on excepte son visuel au charme indéniable. En revanche, le reste de la bande-son s’affirme bien plus que celle de la première série, elle accompagne bien mieux les scènes et loin d'être une pièce rajoutée, elle fait bel et bien corps avec l'ensemble de la réalisation.
Je n’ai pas vraiment envie de m’étendre sur le scénario développé jusqu’à présent. Je ne sais pas trop quoi penser des choix. Après un pilote audacieux puisque HS lui aussi mais qui a su s’attirer les faveurs des fans du manga en leur faisant du plat à coup d’images subliminales d'évènements futurs, quitte à gâcher la surprise aux nouveaux arrivants, le reste de la série adapte presque à la virgule près les mêmes passage que FMA avait quand même adaptés. Dommage l'humour tombe moins à propos dans ce format un peu plus formel par rapport au manga. Bones a fait le choix (mais avaient-ils vraiment le choix) de réadapter en accéléré le début du manga pour ne pas faire fuir de nouveaux adeptes et même si le rythme est bien trouvé, je reste dubitatif de cette prise de position un peu bancale :
1) Les fans veulent la suite.
2) Les nouveaux peuvent moins accrocher : les séquences "tranche de vie" d’une série, si elles ne font pas avancer l'histoire scen apparence, sont essentielles pour donner une consistance aux personnages et permettre aux spectateurs de s’impliquer dans l’histoire.
Un petit mot tant qu’on y est sur l’adaptation française de Dybex : une fois l’effort félicité, il n’est pas interdit de critiquer le travail. Critique d’autant plus constructive que Dybex prend en compte les remarques. Et oui, crucifiez-moi, je suis de ceux qui voulaient une adaptation au format letterbox (bandes noires) qui a vertement été critiquée (et donc logiquement abandonné par la suite) dans le deuxième épisode. J’ai déjà cité le problème de ceux qui, parce que n’habitant pas en France ne peuvent pas voir l’épisode même si on soupçonne qu’il y a là plus qu’un obstacle technique un obstacle juridique. J’entends aussi les critiques sur la qualité d’encodage que je ne comprends où il suffit de reculer pour compenser. Cette initiative a quelque chose d’expérimental puisque les épisode 5 et 6 par exemple proposaient quelques publicités, et même si ça reste pour l'instant de l'auto-promotion, ce modèle économique semble plus solide. Reste à démarcher des annonceurs extérieurs qui oseront sortir des sentiers balisés. En revanche, Dybex est bien constant sur au moins une chose : il a fait dès le début le choix d’une traduction couillue qui, non contente de traduire, adapte les dialogues. Un plus indéniable.
Alors, pour en revenir à ce Fullmetal Alchemist Brotherhood, adaptation petit bras ou tour de chauffe avant de passer aux choses sérieuses ? Le tournant de la course n’a en tout cas pas eu lieu dans les premiers tours et le moteur a encore besoin de rodage mais il n’a pas calé en tout cas. Rendez-vous est donné au prochain passage aux stands.
- Article publié par Afloplouf









