Natsu no Arashi! – Le retour des paradoxes temporels

La série possédait deux arguments essentiels pour que je m’y intéresse. Le premier, c’était qu’il s’agissait de l’adaptation d’un manga de Jin KOBAYASHI, l’auteur de School Rumble. Natsu no Arashi! n’est cependant pas une comédie mais une série mêlant fantastique, machine à remonter le temps et tranche de vie. Autant vous dire que je n’ai pas esquissé le moindre sourire devant le spectacle présenté mais que je me suis concentré sur la réalisation de chaque épisode et le mécanisme narratif. Car le second argument, celui qui me poussera certainement à tenir le choc, c’est la présence du désormais fameux studio Shaft à la réalisation. Pour rappel, nous lui devons des séries telles que Sayonara Zetsubou Sensei, Hidamari Sketch ou encore le récent Maria+Holic. Quand Akiyuki SHINBO s’occupe de la réalisation, on peut toujours espérer une touche artistique propre et originale. La série confirme-t-elle cette attente?
L’histoire a de quoi déboussoler le spectateur. Le premier épisode nous plonge directement dans l’univers de Natsu no Arashi! de manière quelque peu maladroite en présentant tous les protagonistes et le processus de connexion qui fait voyager nos héros dans le temps. On a véritablement affaire à un didacticiel gratuit car il s’agit uniquement de remonter quelques heures en arrière afin d’empêcher un voleur profane de dérober une tranche de gâteau aux fraises. Autant dire que le premier épisode ne devait pas attirer l'attention du prospecteur des séries du printemps. Ce genre de spectacle inutile semble en outre devoir se répéter car le cinquième épisode nous offre un spécial défilé maids et sexualité cachée de Jun-kun...

On est quelque peu surpris quand Yasaka fait la rencontre d’Arashi dans le second épisode, un peu comme si le spectateur était lui-même remonté dans le temps. Il fallait bien sûr expliquer l’origine du mystérieux pouvoir et l’identité d’Arashi mais la narration souffre du coup d’une achronie malvenue. Pour ne rien arranger, le quotidien des personnages dans le café semble mécaniquement règlementé par l’apparition d’un détective pour le moins imposant et de deux mystérieux clients au comptoir du fond. Tout participe à dégager une atmosphère étrange, un soupçon de bizarrerie accentué par les révélations d’Arashi sur son statut de fantôme et un scénario qui n’a pas de trame de fond à laquelle le spectateur puisse solidement s’attacher. Arashi a vécu 60 ans auparavant et son passé reste obscur. La principale destination du voyage temporel est Yokohama durant la Seconde Guerre mondiale où nos deux héros assistent aux bombardements et à la panique ambiante. Le troisième épisode voit par exemple Arashi empêcher un homme et son enfant d’aller pêcher sur un lieu qui sera sinistré. Le scénario a mis du temps à décoller mais la suite peut s’avérer intéressante avec de multiples retours sur cette scène historique. Faut-il prévoir la création de paradoxes temporels ? De douloureuses réminiscences ? Aura-t-on vraiment le droit de modifier le passé ?
Parlons de l’essentiel à présent. La réalisation souffre d’une manifeste dichotomie. Il y a d’un côté la splendeur des paysages environnants et de l’autre des décors d’intérieurs sobres et peu détaillés. Le tout est cependant ancré dans un statisme uniforme ; entendez par là que la série est peu animée. Ce n’est pas un mal, plutôt une marque propre au studio et un penchant pour l’esthétique et l’enchaînement toujours plus réfléchi et novateur de plans fixes. Si le dessin des personnages, banal et souvent vulgaire, ne se fond pas vraiment bien dans l’univers de Natsu no Arashi!, c’est bien parce que les tableaux peints en arrière-plan sont tout simplement sublimes. S’il est un élément que je retiens de la série après quatre épisodes, c’est un travail impressionnant sur les couleurs et les peintures extérieures. On est émerveillé face au style propre et le fantastique qui ressort des paysages verdoyants de Natsu no Arashi!, découpés dans des polygones de lumière. Une petite mosaïque en dit plus que de longs discours :
Si la série souffre d’un rythme passablement lent, de discussions stériles et fastidieuses, son visuel justifie amplement l’expérience. Je garde espoir car le scénario peut toujours nous réserver des surprises et la créativité de Shaft compense quelque peu des personnages bien fades. La série profite en outre d'une touche mystérieuse et décalée : les deux clients du fond du café aux conversations rythmées par un laconique « passe moi le sel ! », les entretiens glauques qui concluent chaque épisode et le détective baraqué et excentrique. Malgré tout, Natsu no Arashi! est une série fouillie qui manque de sel et on se surprend à s’identifier à ces deux clients anonymes, totalement dépassés par les évènements alentours...

- Article publié par Sirius












