La Rose de Versailles est peut-être votre madeleine de Proust...

» Critique de l'anime Lady Oscar (TV) par Duna le
30 Juillet 2017

... mais elle n'est pas la mienne, étant née dans les années 90. La Minikeums génération, pas celle du Club Do'. Comme j'aurais voulu découvrir cette série avant mes neuf ans ! Car déjà les magazines Images Doc et mon maître de CM2 me contaient Versailles et le Roi-Soleil, la monarchie absolue et les Trois Ordres. Mais revenons d'abord aux origines (qui est une émule, mais ouais chuis grave logique dans ma tête).

Inconditionnelle de la série Utena qui rend hommage à celle-ci par bien des aspects - symbolique de la rose et des duels, travestissement et coupe du costume du personnage principal, et j'en oublie sûrement... Cela fait quelques années que j'attendais cette découverte.

Le temps des cinq premiers épisodes, j'ai été charmée par le style et l'animation rétro, ainsi que par l'idée de réécrire l'Histoire via un plaidoyer en faveur de Marie-Antoinette, victime de sa jeunesse, de son exil, de son ennui et surtout des vipères qui l'entouraient. Longtemps cataloguée comme reine frivole par excellence, on fait aujourd'hui honneur à son esprit et son goût pour les arts et les sciences. A ce propos, je ne saurais que trop vous recommander la trilogie romanesque de Jean-Paul DESPRAT comprenant Bleu de Sèvres, Jaune de Naples et Rouge de Paris. Mais revenons-en à nos vipères.

Tout d'abord, je trouve les Louis XV, Jeanne Du Barry, Thomas de Fersen et autres Polignac mère et fille très bien campés. D'accord, le Louis XVI me semble caricaturé dans son obsession pour les serrures - n'était-il pas aussi un chasseur de grand gibier émérite, un spécialiste de la marine militaire ? Malheureusement, les seuls élans du cœur ne suffisent pas à bâtir des personnages complexes, qui tombent dans un cliché par trop manichéen ; mais passons.

C'est d'abord et surtout l'amoureuse d'histoire moderne, l'adoratrice du XVIIIe siècle qui ne dort jamais en moi, qui s'insurge petit à petit.

- Un piano à queue, des compositions d'Erik Satie et de Charles Gounod, que vois-je, qu'entends-je ? Ne t'arrête pas à ça, espèce de maniaque. Les autres musiques d'ambiance et opening/ending passent bien.
- Des dames de la Cour qui montent en cavalière. Bon.
- Un cheval qui se foule une patte en plein triple galop, une pause et ça repart ! Euuuh... ok, j'aime pas l'abattage des bêtes, vous aussi les mecs du studio ? Vous êtes des gars bien.
- J'oubliais le coup du sous-fifre du colonel des gardes qui se ramène avec plusieurs registres du gratin français : - Archiviste-généalogiste : "Ouais mec pas de souci, tu peux tout prendre c'est open-library, toute la nuit et c'est pas grave si tu baves sur les pages, c'est vrai que c'est teeellement saoulant de se palucher ça". - Palefrenier-serviteur-ami d'enfance : "Trop cool mec, j't'en dois une. Grave c'est saoulant, en plus steuplé c'est pour une ado en chaleur que mon boss a ramassé dans la rue, nan mais e...il a parfois de ces délires j'te raconte pas. La gamine elle est trooop dark, une fois je l'ai prise en flag en train de se frotter contre son costard j'te juuuure !"
- Mais vient alors un détail qui n'en est pas un, et qui est au centre de nombreuses péripéties : y'a des tas de gusses armés en présence des souverains et leurs héritiers comme si c'était, genre, normal. Eh bah non, messieurs-dames. Le port d'armes, qu'elles soient blanches ou à feu, étaient alors strictement interdites sous peine de mort. C'était déjà comme ça sous Louis XIV. En fait, même sous Louis IX c'était déjà hyper-réglementé. Bonjour la foire aux régicides ou simples règlements de comptes entre aristos drogués de pouvoir ; le coup soigneusement monté était la règle, et tous les poisons n'étaient pas forcément indétectables... Alors ouiiii, c'est bien plus joli à l'écran d'avoir une tripotée de nobles qui bandent leur ép... bande de nobles qui tr... bref, plutôt que de banales courbettes accompagnées de chapeaux à plumes. Vous me direz, oui mais, Oscar ? Pour ses beaux yeux bleus à longs cils, son honneur immaculé à galons et ses cheveux dorés à bouclettes ? Oui mais, NON.

Et puis d'ailleurs, cet archétype du jeune chevalier servant qui sacrifie sa vie et sa féminité, à quoi il sert ? Pas à réinterpréter l'Histoire, ce que j'aurais préféré. Il sert à ri... Disons, de simple témoin. Impuissant. Un martyr puissance mille. Je suis droite dans mes bottes, j'ai l'amitié de la reine, je sens bien que les paysans sont au bord du gouffre, et je fais quoi ? Je pleure et ne déborde pas du cadre de mon job de garde du corps pour ménager la Toinette. Argh, c'en est si frustrant. Vous me direz que c'est l'époque des Oliver Twist, Sissi l'Impératrice et Quatre Filles du Docteur March ; c'est à la mode, dans les eighties, les animes qui s'inspirent de récits européens pour faire vendre et pleurer dans les chaumières munies de téléviseurs cathodiques.

Si encore les complots, les rumeurs de couloir tenaient la route. Je ne demandais pas du Fate/Zero ou du Game of Thrones, juste un truc logique. Sauf que c'est parfois franchement bancal ; je ne citerai pas d'exemple sous peine de spoil.

Ce qui m'a achevée, ce n'est pas la nunuche blondo-larmoyante qui débarque en cours de route (quoique ?), mais bien une erreur d'animation de trop. No problem pour les combats à l'épée et les pas de danse, y'a encore des grands du cinéma qui se plantent là-dessus (si, si, je m'impose des limites !). Mais le mec qui reçoit un sabre dans le dos, et fait un saut arrière pour mourir proprement sur le sol et non pour s'écraser, tel que la loi de Newton l'a décidé, sur ladite nunuche... Pitié, de Grâce, achevez-moi.

Voilà. J'ai conscience de mon intransigeance grandissante, qui s'aiguise ridiculement au fil des années. Pourtant, donnez-moi un Kanashimi no Belladonna, de six ans plus vieux, ou du Lupin III - Le Château de Cagliostro, de la même année 1979, et je crie au génie.

Passionnés d'Histoire, dézippez la trousse aux mangas historiques de Shadow, à laquelle je rajouterais au moins les œuvres de mon dieu-maître du gekiga HIRATA Hiroshi, Arte et même Spice & Wolf malgré son univers fantasy. Pour les nostalgiques et/ou non-maniaques, vous êtes libres de me sabrer intérieurement. Je fais la même avec les détracteurs de Star Wars et des Conan (les films avec Schwarzy) qui ont bercé mon enfance.

Voilà, j'ai hurlé ma déception, merci pour la séance AK, et à la revoyure.
Je retourne à mon divan non-virtuel.

Tchüss d'une Fantômette les copains.

Verdict :5/10
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A propos de l'auteur

Duna, inscrit depuis le 29/07/2011.
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