Millenium Actress est une sorte d’épopée hollywoodienne tournée à la sauce nippone. Attention, le « Hollywoodien » ici ne s’applique pas au productions actuelles, frisant pour la plupart d’entre elles le néant scénaristique , lequel néant serait parait il comblé par les 300 millions de dollars d’effets spéciaux. Bref, ce n’est pas ce cinéma auquel je fais allusion, mais celui des années 60 qui vit de formidables acteurs comme Gary Grant, Audrey Hepburn, (…) tourner face caméra. Ces œuvres somme toute classiques, la plupart du temps filmés noir et blanc mais dotés d’un charisme tellement supérieur à ce qui se fait aujourd’hui. Et je dois dire, que Millénium Actress m’a fait penser à ce cinéma…
Ce film pourtant n’a rien d’exceptionnel en soit, mais c’est l’ensemble qui va forme un piedestral à cette œuvre.
Le scénario nous transpose dans la vie d’une célèbre actrice de l’après-deuxiéme guerre mondiale, son parcours, ses motivations, ses désillusions. Présenté de façon originale par le biais d’un reporter et de son caméraman, j’en profite pour évoquer ici le seul défaut que j’ai pu trouvé à l’ensemble. Cette idée intéressante au demeurant est mal traitée. Mal traitée car en décalage avec le coté dramatique de la destinée de Chiyoko Fujiwara , mais également très agaçant à certains moments.
En effet, le cameraman, étant un fan absolu de l’actrice, connaissant ainsi toute son œuvre, il va remplacer les acteurs de certains films, parfois de façon grotesque Il y a ici une volonté de faire rire qui me semble aller à l’encontre du coté plus dramatique du scénario, et si l’on est comme moi réfractaire à ce type d’humour, on s’en agace très rapidement. Dieu merci, ce coté s’atténue vers le milieu du film. Sachant en plus que l’on navigue sans cesse entre fictions et réalités, ce personnage jette un trouble encore plus important en apparaissant systématiquement quelque soit la scène, réelle ou pas.
Bon c’est le coté négatif du film, qui m’a dérangé. Le reste ne fut qu’émerveillement pupillaire, et fascination pour le personnage de Chiyoko Fujiwara. Tout d’abord il est vrai que le travaille artistique d’ensemble est de très bonne facture. Doté, d’un charadesign de qualité, réaliste et sobre à la fois, le film nous offre un voyage à travers le temps, les espaces, l’histoire et les traditions japonaises. Les décors doivent donc suivre cette mise en scène exigeante, et force est de reconnaître que la qualité du travail accompli à ce niveau est de grande valeur. La musique accompagne quant à elle les mouvements des acteurs par sa vivacité. Elle n’est pas abondante, mais intelligemment utilisée.
Des éléments d’une recette alléchante, mais il manque le petit zeste de citron qui va faire toute la différence, ce petit « plus ». Il ‘agit ici de troubler un maximum le spectateur, le troubler de tel façon qu’il ne sache plus quelle est la part du vrai du faux, la part de réel ou d’irréel. Tout au long de l’intrigue vont être distillés dans un foisonnement de scènes, des éléments qui servent l’intrigue principale sans que l’on sans doute. C’est le point fort de ce film, qui arrive ainsi à surprendre dans son déroulement scénaristique.
L’actrice principale est quant à elle remarquable de part son design, mais également le style la gestuelle, bref de part son réalisme. Et finalement si elle est une si grande actrice, c’est tout simplement parce qu’elle vie ses rôles. C’est notamment ce qui explique pourquoi la frontière entre réel est fiction est si tenue. Décidemment, il y a bien du Audrey Hepburn dans cette actrice.
Très rapide, intéressant, déroutant, ce film demeure une excellente expérience à faire.
Dans Millenium Actress, Satoshi Kon brosse un portrait à la fois tendre et admiratif de la vie d’une actrice de cinéma, en mélangeant les souvenirs émus de celle-ci avec ceux du journaliste qui l’interviewe et avec une vaste rétrospective de sa carrière au cinéma. L’artiste en question est présentée comme une actrice du millénaire (d’où le titre du film) pour plusieurs raisons : tout d’abord, elle se prénomme Chiyoko ce qui signifie littéralement « enfant de mille ans » ou « enfant millénaire », ensuite une malédiction semble jetée sur ses sentiments amoureux pendant une période de mille ans, enfin, tant par l’ensemble des événements historiques qu’elle a vécus au cours de sa longue existence que par la période temporelle couverte par tous ses rôles en tant qu’actrice, elle pourrait effectivement avoir vécu mille ans. Peut-être plus que dans ses autres films, le réalisateur a ici soigné le personnage principal. Il sait nous rendre Chiyoko attachante par son regard perçant mais un peu triste et son caractère que l’on retrouve chez elle à chaque période de sa vie.
Le film tourne autour d’une clef ; celle-ci ouvre l’accès aux souvenirs refoulés de Chiyoko Fujiwara : les rôles qu’elle a joués, son amour impossible pour un inconnu rencontré par hasard et qui lui échappe toujours lorsqu’elle croit l’avoir retrouvé, et plus généralement les événements qui ont marqué sa vie. L’existence de l’actrice a été une longue course éperdue : que ce soit au cinéma ou dans la vraie vie, elle a sans cesse poursuivi celui dont elle était tombée amoureuse. Car, le réalisateur se plait à entremêler souvenirs, rêves et réalités jusqu’à ce qu’ils ne forment plus qu’un, si bien que souvent on ne sait plus si Chiyoko se souvient d’une époque passée, si elle rejoue un rôle ou si le journaliste s’imagine dans le rôle de celui qui sauvera la star. Témoin, ce début de film où l’actrice joue une astronaute qui décolle en fusée et où Satoshi Kon nous fait croire que le journaliste se met tellement dans la peau de celui qui donne la réplique qu’il croit ressentir les vibrations du décollage, avant que l’on ne s’aperçoive qu’il s’agit en fait un tremblement de terre. Les séismes sont d’ailleurs également un élément récurrent du film par la manière dont ils ont rythmé la vie de l’actrice.
Mais, Millenium Actress porte aussi sur le journaliste qui l’interroge : ce fan inconditionnel de Chiyoko qu’il admire depuis qu’il a fait sa rencontre aux studios et qui connaît par cœur chacun de ses films, à tel point qu’il peut sans peine se mettre dans la peau du rôle masculin donnant la réplique à l’actrice principale – ce qu’il ne se prive d’ailleurs pas de faire à nombreuses reprises, au grand dam du caméraman qui l’accompagne. On retrouve le même effet de double regard (celui de l’actrice et celui de son admirateur) que dans Perfect Blue, le précédent film de Satoshi Kon.
Ce film est aussi une réussite technique par la beauté des décors dessinés avec une précision minutieuse, par la qualité du chara-design et de l’animation. Enfin, la musique entraînante de Susumu Hirasawa, le compositeur fétiche du réalisateur, qui signe ici de très beaux morceaux, achève de nous entraîner aux côtés de Chiyoko dans sa course effrénée.
Millenium Actress est le second film de Satoshi Kon, qui change radicalement de genre après le thriller glaçant Perfect Blue.
Cependant, fidèle à lui-même, le réalisateur joue sur plusieurs niveaux de narrations, de telle sorte que très vite le spectateur perd pied et ne parvient plus à faire la différence ente la fiction et la réalité : un journaliste quelque peu sur le retour interview une actrice à la retraite, oubliée de tout le monde. A partir de là, le film peut démarrer : l'actrice raconte les étapes de sa carrière et les films qu'elle a tournés, et à chaque fois le spectateur assiste à des séquences de ces films, ce qui a pour effet de casser l'homogénéité du film et de l'ouvrir, en fait, au cinéma dans sa totalité : film d'horreur, comédie romantique, policier, cette actrice a tout joué, et en 90 mn nous voyons défiler de nombreux genres cinématographiques. Millenium Actress serait en quelque sorte une anthologie du cinéma à l'échelle humaine.
Cela dit, c'est sans compter sur la part de comique qu'imprime le reporter fan, et qui dans chacune de ces séquences filmiques s'immisce afin de rejouer la scène avec son idole, sous le regard embarrassé de son cameraman. L'humour ici côtoie la mélancolie, et l'admiration se change en un hommage à une femme qui a déjà vécu, et qui arrive à la fin de sa vie. Le film s'ouvre de ce fait très souvent à la poésie, la mise en scène très soignée montre parfaitement à quel point un événement banal peut changer une vie et lui donner un dynamisme fort, un but.
Que dire de plus, si ce n'est que Millenium Actress est l'envers exact et tout aussi réussi de Perfect Blue : lumineux, drôle, mélancolique, et surtout terriblement crédible du début à la fin. A voir absolument, surtout que le dvd ne coûte que 15 euros neuf !