Critique de l'anime Le Tombeau des Lucioles

» par beber le
02 Juin 2010
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Trop souvent, je suis amené à médire sur le sieur Miyazaki – bon, en même temps l’œuvre en question n’est pas réalisée par ce dernier, - et par voie de conséquence, du studio Ghibli. Studio, certes, prolixe en succès divers et variés, qui partagent généralement la même aptitude à m’assoupir. Disons le tout de go, et faisons fi de toute classe élémentaire, Ghibli, ça m’emmerde.

C’est ce postulat de départ qui à fait que je n’ai jamais véritablement osé franchir le Rubicon, d’autant plus que « le tombeau des Lucioles » n’est pas œuvre de la toute première modernité (1988 pour ceux qui n’auraient pas bien la fiche ci-dessus). Il m’a donc fallu attendre cette dernière semaine de congé en mai pour enfin remédier à mon ignorance.

Soyons donc honnête et exprimons-le dés maintenant, il s’agit ici d’une œuvre remarquable. Remarquable surtout de par sa simplicité. Oh combien eut-il été facile et sans doute tentant de foncer tête baissée dans le pathos, et combien de réalisateur (d’animation ou autre d’ailleurs) versent dans ce mauvais penchant. Combien est-il facile de sortir les violons pour faire pleurer les ménagères. Les grandes réalisations dramatiques sont sans doutes celles qui émeuvent le plus en parvenant à réaliser cette délicate alchimie entre émotion montrée et émotion suggérée (« La vie est belle » en est pour moi le parfait exemple)

Le Tombeau des Lucioles reste pragmatique et factuel. Dés l’introduction, on sent bien que l’on ne va pas franchement se marrer, mais même ce préalable - au demeurant plus que saisissant – est traité par une finesse remarquable de par sa réalisation. C’est à ce moment que l’on sent tout le potentiel du film. Tout au long des événement bouleversants que vont rencontrer Seita et Setsuko, jamais nous ne tomberons dans le travers du pathos, le réalisateur laissant au spectateur le soin de gérer lui-même son émotion au travers les événements dramatiques.

Le scénario a donc pour théâtre la fin de la seconde guerre mondiale, et des multiples bombardements de l’aviation américaine sur le sol nippon. Un contexte déjà fort cruel suffisamment difficile à assumer pour des enfants. La suite des événements conduisant ces derniers à l’autonomie, et a ses conséquences directes.

Le film nous offre ici la vision d’un Japon austère, qui cherche à survivre sous les effets de la guerre, un japon dont la solidarité même familiale s’effrite et n’est plus que le reflet des convenances. Le personnage de la tante est symptomatique de ceci. Elle ne met pas ses neveux à la porte, car cela ne peut se faire sans doute dans le code de déontologie japonais, continue même à les nourrir, mais ne porte vis-à-vis d’eux aucune affection malgré les événements traversés jusqu’alors par ces derniers qui sont, rappelons le des enfants peu agés.

Analysons un peu plus le personnage central du film, Seita. Ce dernier porte une lourde part de responsabilité dans les incidents qui vont émailler le scénario. S’il convient de blâmer la tante pour son comportement, le véritable coupable de la tragédie du tombeau des Luciole est bel et bien le personnage principal, qui décide de ne plus avoir à supporter les brimades de sa tante et de prendre la voie de l’indépendance. Seita, que l’on pourrait penser en premier lieu t paré des traits de la maturité, le frère devenant en quelque sorte le « père » de sa petite sœur, est coupable de se croire adulte.

Or comment être adulte à son jeune âge ? C’est bien l’un des points fondamentaux du tombeau des Lucioles. Les héros sont des enfants, et ses héros le resteront, même quand la vie les forcera à s’assumer.

Est-ce par orgueil, immaturité, que Seita ne retournera pas dans le foyer inhospitalier mais salvateur de sa tante ? Toujours est-il qu’il préférera tenter d’être « père » plutôt que « fils » et que ce choix s’avérera dramatique, car ne pourra être assumé. D’ailleurs comment eut-il pu en être autrement ?

Ne nous trompons pas, d’ailleurs, si tout n’est pas que noir dans ce spectacle, le quotidien de nos héros est souvent teinté de joie, de couleurs chatoyantes, même si le bruit des bombardements vient souvent rappeler l’éphémère de la situation, tout cela n’ai fait que pour contraster ave le tragique destin de nos héros. La dernière scène où l’on peut apercevoir la petite Setsuko courant dans les champs poursuivant les papillons est remarquable en cela, car bien plus chargée en émotion que ne l’eut été la démonstration visuelle de certaines scènes. Simplicité, inventivité, âpreté, voici ce que nous montre « Le tombeau des Lucioles »

Pour le reste, à noter que le film n’a pas mal vieilli du tout. On reconnaît d’ailleurs tout de suite le style si particulier de Ghibli, au niveau de la palette artistique et du charadesign. La musique s’intégrant parfaitement à cet ensemble, avec une utilisation parcimonieuse lors des instants dramatiques portés à l’écran. Le doublage quant à lui respecte l’objectif initial : de ne pas tomber dans le pathos.

« Le tombeau des Luciole » est donc œuvre plus complexe et réaliste que ne le serait un simple dessin animé banal. Pas bouleversant mais poignant, il s’agit ici d’un beau film, léger, dramatique, émouvant.

Un film à ne pas rater, donc.

Verdict :9/10
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A propos de l'auteur

beber, inscrit depuis le 09/10/2006.
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