Hayao Miyazaki nous offre un séjour majestueux, un voyage féerique dans un monde merveilleux, où les forêts règnent sur l’humanité. Il nous fait découvrir une terre ravagée par les hommes, avec pour guide la reine de toutes les princesses, celle qui a le pouvoir de changer le destin de l’humanité : Nausicaä de la Vallée du vent.
L’histoire démarre calmement, tandis que le décor se plante avec une force surprenante. L’immensité des forêts, le charisme des personnages, la beauté des insectes ; tout nous heurte si violemment que chaque scène s’ancre profondément dans notre esprit.
Nausicaä, à la fois si forte et si naïve, va être le fil conducteur, la ligne directrice de cette histoire. Du suivi de l’évolution de la jeune princesse va naître un plaisir indescriptible. Nous sommes fascinés par sa force et sa détermination, tout en étant touchés par sa bonté et l’amour dont elle fait preuve envers toutes les formes de vie.
Chaque volume symbolise une montée en puissance du scénario. Pages après pages, le rythme s’accélère, l’histoire s’étoffe, avec une poésie et une beauté fabuleusement poignantes. Jamais la nature n’a paru si vivante, si belle et si généreuse.
Dans ce monde, autrefois ravagé par l’Homme, et où l’humanité peine à renaître de ses cendres, il demeure encore tant d’amour. Cet amour, omniprésent durant toute la série, va s’amplifier au fur et à mesure. Jamais Miyazaki n’a été si proche de saisir l’essence même de ce sentiment.
Il émane de ce scénario une profonde sérénité, incarnée par ces immenses forêts aux arbres verdoyants ; derrière lesquels cache une rage millénaire, la colère de la nature luttant pour nous sauver, nous, les hommes. Cette haine, à la fois si forte et si pure, est incarnée par ces gigantesques insectes, massacrant quiconque s’avère menaçant.
Visuellement, on retrouve ce style si particulier, qui nous rappelle tous ces bons moments passés, devant d’autres œuvres du maître.
On retrouve ces personnages, aux traits à la fois si simples, mais si expressifs dont Miyazaki tient le secret.
Un plan sur le visage désespéré de Nausicaä, et ce sont toutes les souffrances du monde qu’il en fait surgir. Un plan sur son visage en colère, et c’est la haine à son état brut qui surgit en nous.
L’association de ce dessin et du scénario décuple la violence avec laquelle l’histoire qui nous est comptée nous frappe. Nous vivons réellement chaque scène, et nous ressentons tous les sentiments mis en avant par les différents personnages.
On se surprend à rester quelques secondes, ou quelques minutes, à contempler un paysage, un visage ; à contempler ces images captivantes, à la fois si différentes de notre monde, mais porteuses d’un message si fort qu’il nous étoufferait presque.
Dans un monde merveilleux, il y avait une princesse qui aimait la nature et les insectes tout autant que sa propre espèce. Dans ce monde, alors que la fin de l’Humanité approche, il demeure un infime espoir, autour duquel tous les peuples se raccrochent. Dans ce monde, il y avait une princesse, dont le destin était de changer le monde : Nausicaä.
Nausicaa est un des seuls mangas écrits par Miyazaki (léautre manga étant Shuna no Tabi dont il s'est inspiré pour écrire Nausicaä) et dont il fut ensuite lui-même chargé de réaliser l'adaptation au cinéma.
On admire la qualité du dessin, agrémenté de quelques planches explicatives. L'auteur a su rendre crédibles les insectes, la forêt, les hommes et leurs engins volants : tout vit, s'agite, pullule et gravite autour de la si charismatique héroïne. L'auteur brasse des peuples très divers, des légions d'insectes gigantesques et nous promène dans tout l'univers cohérent qu'il a su créer.
Nous sommes plongés dans le récit d'une petite communauté indépendante et pacifique, contrainte malgré elle à prendre part à une guerre dévastatrice que se livrent les deux principales puissances de ce monde. Guerre terrible et insensée menée par des humains désespérés, réduits à quelques poignées, et dont les terres sont inexorablement rongées par la forêt et son poison. Pour assurer une chance de survie à l'homme, ils tentent de commettre les mêmes erreurs que leurs ancêtres, erreurs qui se sont jadis soldées par la destruction quasi totale du monde et des hommes durant les "7 jours de feu".
Nausicaa, fille du roi et représentante de la vallée du vent dans ce conflit, cherche avant tout à sauver les hommes de leur folie et à percer le secret de la forêt appelée "fukai" (mer de la décomposition). La jeune fille, dont l'illustre prédécesseuse dans l'Odyssée recueillit Ulysse échoué sur la grève, sait sans cesse se dépasser elle-même, puiser au fond d'elle le courage nécessaire pour mener à bien la tâche qu'elle s'est fixée, et par une sorte d'alchimie merveilleuse sait communier avec tous les êtres vivants de son monde, les hommes, comme les insectes ...
... avec nous autres lecteurs, également. L'immense puissance évocatrice de cette oeuvre nous ébranle profondément et l'on finit la lecture du manga songeur, un peu triste, mais également animé par un formidable espoir.
L'histoire est extrêmement fouillée, fourmille de personnages (presque chacun d'eux ayant une personnalité propre) de plantes et d'insectes divers, Miyazaki réussissant même à insuffler une âme à ces derniers. Nausicaa est plongée dans la souffrance, la mort, le désespoir de ceux qui l'entourent, mais elle arrive à surmonter toutes ces épreuves pour illuminer le monde des hommes de sa gentillesse et de son amour. Entre paix de l'esprit et foi, entre la colère et la peur, la jeune fille semble avoir fait siennes les paroles de St François d'Assises : "Je te souhaites d'aimer où l'on hait, de pardonner où l'on offense, de réunir où il y a conflit [...], d'apporter la confiance où le doute menace, de susciter l'espoir où le désespoir torture, d'allumer une lumière où l'obscurité règne, d'apporter la joie où le chagrin réside".
Miyazaki nous livre là une oeuvre intemporelle qui nous bouleverse.
Nous oublions que nous lisons un manga, nous oublions qu'il a été écrit à 10.000 km de nous, nous n'y voyons plus qu'une ode à l'espérance, au courage et à notre bonté profonde, ainsi qu'un plaidoyer contre les guerres et notre relation habituelle de domination envers la nature toujours perçue comme hostile.
Que dire de plus, sinon le recommander à ceux qui ne l'ont pas encore lu ?
Ce chef-d'oeuvre du grand Miyazaki nous fait partager l'histoire d'une adolescente dans un univers heroic fantasy. L'histoire est prenante dès les premières cases, bien que le style puisse repousser les amateurs du manga au style de dessin propre. Là le trait est énergique et retranscrit une ambiance profonde et tourmentée. Alors avec ses qualité de dessinateur, Miyasaki nous plonge dans une histoire pleine de rebondissements, ponctuée d'instants de bonheur et de tristesse, un monde où la place de l'homme sur cette Terre imaginaire est remise en cause, à juste titre.
Nous ne pouvons bien sûr nier que l'auteur fait, à travers cette histoire, un constat de problèmes touchant notre monde, et il voit dans les jeunes et les femmes (étant donné que le personnage est une jeune femme) un espoir et une réponse pour apercevoir des jours plus heureux. En définitive, cette bande-dessinée mérite le titre d'oeuvre d'art et elle devrait être en possession de tout fan de manga, mais aussi de tout ceux qui aiment réfléchir à savoir comment peut-on arranger notre monde, et cela même à petite échelle. Sur ce, je vous souhaite une exellente lecture. Union sacrée, amour et harmonie.