Guin Saga - C'est plus fort que toi !
Guin Saga n’est ni plus ni moins que l’adaptation de la plus longue série de romans écrite par une seule personne de l’histoire : plus de 120 volumes racontant l’épopée de Guin, l’homme au masque de léopard. C’est à Kaoru KURIMOTO que l’on doit ce chef d’œuvre débuté en 1979 et encore en cours. Voilà pour le côté historique.
Si l’on s’intéresse à l’adaptation elle-même, on se rend compte que derrière Guin Saga se cache Satelight, un jeune studio (par rapport à un Madhouse par exemple), à qui l’on doit déjà Noein, Macross Frontier, les OAV de Hellsing et en ce moment même Basquash! Bien que ce studio ait connu des ratés, il faut lui reconnaître un niveau technique impressionnant et force est d’admettre que c’est l’un des studios qui montent.
Le réalisateur de Guin Saga, Atsushi WAKABAYASHI, a déjà travaillé sur Noein et Otogizoushi. Le directeur artistique Junichi HIGASHI remplissait déjà ce rôle pour Cowboy Bebop et RahXephon. Le scénario a été confié à Shôji YONEMURA, le scénariste de l’anime Death Note. Ah ! Et comme si ça ne suffisait pas, la musique de Guin Saga est l’œuvre du grandissime Nobuo UEMATSU, le papa des thèmes de la série des Final Fantasy.
Avec un pedigree pareil, on est en droit de se demander pourquoi cette série n’a pas affolé la plupart des otakus du monde. La réponse est finalement assez simple : comment adapter une saga pareille en anime sans que cela soit, au choix, un fiasco, une déception ou quelque chose qui n’a rien à voir avec l’original ? Penchons-nous donc sur le cas Guin Saga.
Guin Saga raconte l’histoire de Rinda et Remus, le prince et la princesse du royaume de Parros. Ce dernier a été détruit par l’armée de Mongaul, qui n’a rien mais alors rien à voir avec celle de Gengis Khan, visuellement parlant. Nos deux héros, aussi surnommés les perles jumelles de Parros, réussissent à s’échapper magiquement et se retrouvent téléportés dans une forêt, en plein cœur du royaume de Mongaul. Sur le point d’être capturés, ils sont sauvés par Guin, un homme à tête de léopard (est-ce un masque ?) qui en plus d’être amnésique est forcément monstrueusement puissant à mains nues. Et avec une épée n’en parlons pas.
Je n’irais pas plus loin, mais on voit déjà là des recettes diablement efficaces de l’heroic fantasy. Retenez surtout que Guin est vraiment très fort, à tel point qu'il ne faut plus se poser de questions de réalisme ou de crédibilité.
Pour commencer, je dirais que si Satelight avait voulu prouver leur monstrueuse maîtrise technique, Basquash! aurait suffi. Mais avec Guin Saga, le studio annonce à tout le monde qu’ils ont décidé d’entrer dans la cour des grands. Sans être du niveau de la claque technique qu’est Basquash!, Guin Saga présente de magnifiques décors, fouillés bien que parfois un peu fades.
Les couleurs sont bien choisies et passé le choc de la blancheur immaculée des crinières de nos deux héros en cavale, on se rend compte que les tons sont parfaitement maîtrisés. Je reviendrais sur le chara-design un peu plus tard.
En termes d’animation, c’est extrêmement propre dans la globalité. Et plus encore lors des séquences d’actions. Sans atteindre la quasi-perfection de Seirei no Moribito, les combats sont aussi réalistes que les normes de l’heroic fantasy le permettent. Comprendre ici que Guin possède une telle force qu’à chaque coup, l’écran en tremble. En agrémentant tout cela de rugissements et de rendus de vitesse très efficaces, les combats obtenus sont intenses, rythmés et juste assez longs pour nous mettre en transe. En cela, l’apparition de Guin dans le premier épisode avait annoncé la couleur et il semble que l’on restera dans cette approche pour la suite.
Bien, passons au retour de bâton. Le principal problème de l’adaptation d’un grand classique, c’est qu’elle se retrouve souvent victime de ce classicisme. Et Guin Saga c’est de l’heroic fantasy à l’état pur, à la limite du kitsch façon Musclor. Conséquence fâcheuse : le chara-design et le design en général, en plus d’être vieillot, manque d’originalité. Ce n’est pas un défaut intrinsèque à l’anime lui-même, mais à l’œuvre elle-même. Il y a tellement eu de séries de ce genre qu’un design classique devient un défaut.
Ceci étant, dans le cas présent, se pose la question de l’œuf ou la poule. Il se trouve que des œuvres références du genre se basent sur Guin Saga, comme Berserk pour n’en citer qu’une. Donc, bien que ce soit un défaut, personne n’en est responsable.
Par contre, l’un des avantages du classicisme est l’absence totale de fan service. Logique, vous me direz, mais quand on voit Basquash!, ça a quand même quelque chose de rassurant. Comme quoi Satelight sait faire ça aussi.
Cela nous amène à l’histoire elle-même. Nécessairement, c’est de l’ultra-classique. Mais contrairement au design, ici, c’est efficace et prenant. Comme il n’y a pas de fumée sans feu, une œuvre littéraire aussi renommée propose forcément une histoire extraordinaire. L’anime semble suivre la trame du roman. On se retrouve ainsi avec une série prenante, bien rythmée. Ceci étant dit, adapter une œuvre littéraire entraîne des sacrifices et malgré la qualité du staff, on n’échappe pas à cette règle.
Je ne connais pas l’œuvre originale mais on sent bien que les choses vont trop vite. Si cela évite les longueurs, il est difficile de se défaire d’un sentiment de précipitation qui pourrait entraîner la série dans un grand n’importe quoi scénaristique qui perdrait totalement le spectateur.
Notons pour l’exemple que le premier volume a été résumé au cours des trois premiers épisodes. Il sera nécessaire de trouver un compromis entre adapter même quelques volumes de plusieurs centaines de pages en un nombre d’épisodes raisonnables et couper au sécateur dans l’histoire afin de compresser le tout dans 26 ou 52 épisodes (ou plus encore car même dans le dernier cas, cela semble impossible). Il s’agit sans doute du plus gros point noir de cette série pour l’instant. A voir si cela persiste.
Quant au contenu lui-même, il est difficile de critiquer et les évènements et les personnages croisés puisque, encore une fois, sans avoir lu les romans, comment juger de l’anime ? Néanmoins, hormis le personnage de Remus qui est des plus agaçants, Guin, Rinda et Istvan sont une réussite. Reste à savoir quand même si le côté bouffon de Istvan est original ou s’il s’agit d’un choix propre à l’anime.
Je finirais sur ce qui est l’une des plus grandes satisfactions de cette série, à savoir la musique. Satisfaction proportionnelle à l’attente et le risque couru par Nobuo UEMATSU. Et là, rien à redire. UEMATSU est au sommet de son art. L’opening est magnifique et annonce la couleur d’entrée : Guin Saga sera fantasy ou ne sera pas. L’ending, par Kanon, est lui aussi de toute beauté. Mais le talent d’UEMATSU se situe surtout dans ses musiques d’ambiance. Toute personne ayant joué à un Final Fantasy retrouvera avec plaisir la « patte » du maître. La musique est prenante, source d’émotions choisies, toujours présente au bon moment. Les séquences de tout type sont desservies par une bande-son magnifique. Par contre, on reste bien là dans des musiques d’heroic fantasy avec tout ce que cela implique de tambours, d’orgues, de violons et de chœurs. Mais bon, c’est de l’heroic fantasy made in UEMATSU.
Ainsi pour conclure, Guin Saga est pour l’instant très prometteur. Les derniers épisodes commencent à nous mettre de plein pied dans l’épopée. Néanmoins, je crains que le classicisme parfois insipide du design n’en fasse fuir plus d’un. Sans oublier que la série pourrait bien se diriger vers une adaptation hasardeuse qui déplaira peut être à ceux qui auront lu le roman. Enfin, je conseille cette série à tous les fans de Nobuo UEMATSU tant la musique pourrait justifier, à elle-seule, le visionnage de Guin Saga.
- Article publié par Vit Zayder








