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» Critique de l'anime Code Geass (TV 1) par Alice Devil le
27 Avril 2015
Code Geass (TV 1) - Screenshot #1

Qu'on se le dise une bonne fois pour toute: il y a une différence profonde entre une histoire complexe et une histoire mature. La première se distingue par des coups d'éclats, des retournements de situations, une intrigue haletante et des duels dantesques sur des musiques épiques qui vous font frétiller d'excitations. La seconde elle, peut être bien plus calme, posée et subtile: sa force ne réside pas dans son rythme, mais dans ses idées, dans les problématiques qu'elle soulève, nous forçant à nous interroger, à réfléchir en remettant en question nos acquis. Les appellations peuvent changer d'une personne à une autre, il n'en reste pas moins que la différence existe bel et bien. Si vous cherchez à juger une histoire mature sur l'excitation qu'elle vous procure, vous faites fausse route. Et de même, si vous essayez d'analyser en profondeur une histoire complexe, vous risquez très fortement de ruiner un mythe...

Prenez Code Geass par exemple.

Sorti en 2006, ce petit bébé des studios Sunrise, soit les légendaires créateurs de la franchise Gundam, nous livre un mécha des plus alléchants: dès la première seconde du premier épisode, on se retrouve plongé dans un Japon futuriste rebaptisé secteur 11 asservi par l'empire de Britannia, qui impose à l'aide des ses méchas, les Knightmare (joli jeu de mots au passage), un régime où règne la peur et la ségrégation. Dans ce monde injuste, une faible résistance tente vainement d'ébranler la dictature, jusqu'au jour où surgit de nul part Zero, leader charismatique et tacticien de génie qui promet de les mener à la victoire. Mais qui est donc l'homme derrière le masque, ce mystérieux Lelouch, jeune lycéen pourtant issu de Britannia au passé sombre? Et quel est donc cet étrange pouvoir dont il dispose, forçant tout être à se plier à ses ordres? Une seule chose est sûre, la guerre ne fait que commencer, et nul ne peut en prédire les conséquences...

Code Geass (TV 1) - Screenshot #2Vous le sentez la bonne grosse claque épique dans votre visage?

En l'espace d'un épisode, on se retrouve pris dans un tourbillon d'adrénaline vertigineux. Des robots géants se battent dans les ruines de Tokyo au rythme des stratégie de Zero, et on nous laisse à peine le temps de respirer que déjà, voilà une nouvelle lutte, un nouveau combat, une nouvelle machination. Le rythme endiablé de Code Geass est la toute sa force: les événements se succèdent à une telle vitesse que l'urgence et la détresse de chaque bataille est palpable. C'est en est presque addictif, et ces 25 minutes de pure action qui passent en quelques secondes se parachèvent par une animation fluide de qualité et une bande son discrète mais riche . Si vous y ajoutez une casting monstrueux, avec au moins plus d'une vingtaine de personnages principaux, et vous obtenez une intrigue fleuve et complexe, pleine de surprise et de rebondissement, où vous n'êtes pas à l'abri d'ailleurs d'une tragédie, car malgré ses allures de films d'action hollywoodien, la Sunrise n'oublie jamais qu'elle dépeint ici une guerre, avec son lot de héros, de victoires, mais aussi de peines et d'atrocités.

Code Geass (TV 1) - Screenshot #3Et voilà. Techniquement, je devrais m'arrêter là, très contente de ce divertissement, de cet anime pas prise de tête du tout, qui m'a bien amusé et m'a donné ma petite dose quotidienne d'adrénaline. Si je devais me satisfaire de ça, je donnerai 7 à Code Geass (du moins à la première saison), voire 7,5 si les méchas sont votre dada. Sauf que ce n'est pas le cas. Aussi loin que je m'en souvienne, on m'a toujours vendu Code Geass comme étant non seulement un bon anime d'action, mais aussi mature: on m'a loué la profondeur de son histoire, la noirceur et la complexité de ces idées et personnages, l'intelligence de son développement...

Faire ça, orienter les gens à s'attarder sur les thèmes de la série, c'est tiré une balle dans le pieds à l'anime.

Vous vous souvenez de ma petite intro sur la différence entre histoire complexe et histoire mature? Code Geass en est l'exemple parfait: on a là une série d'action haletante et riche en rebondissement mais dépourvue de la moindre once de maturité. J'entends déjà les protestations: "Mais Zero (notre "héros") se présente comme un modèle de justice, et pourtant, ses actions ont de mauvaises conséquences! N'est ce pas là la preuve de problématiques sérieuses sur la justesse de ses actions?" Ça le serait, si notre "héros" n'était pas mu uniquement par le désir de vengeance, s'il n'était pas convaincu de sa propre intelligence au point où il en frise l'orgueil ou s'il n'appréciait pas tout bonnement la guerre et ne jubilait pas à chaque fois qu'un soldat adverse meurt suite à ses stratégies bien huilées. Qu'on se le dise: Zero est un personnage manichéen, et non en demi teinte. La prétendue interrogation sur la légitimité de la violence est absolument torpillé par la présence dans la série de personnages absolument angéliques, victimes des machinations de notre personnage machiavélique. Si je devais faire un parallèle avec un autre anime sorti presque au même moment, on est face à un autre Kira, comme dans Death Note: un protagoniste certes brillant mais dont la vision tronquée et arbitraire du monde le condamne à la monstruosité.

Code Geass (TV 1) - Screenshot #4Mais lachons un peu du leste à Zero, car il n'est pas le seul personnage de cette série à souffrir d'un bâclage complet: je dirais même que de tous, il est le seul à demeurer cohérent! Car les autres protagonistes de ce casting si titanesque que je vous défie de retenir même après 10 épisodes les noms de tous les acteurs principaux de l'intrigue, souffrent tous d'un manque cruel de temps d'antenne, au point où dans le meilleur des cas, ils deviennent de simples archétypes comme Cornellia, soit ils deviennent limite pénibles ou insultants, comme avec Suzaku et Kallen. Le premier est censé contrebalancer Zero, son ami d'enfance dont il ignore les activités dans la résistance, en défendant l'idée du "pacifisme" comme quoi on peut changer les choses de l'intérieur sans effusion de sang...principe qu'il bafoue toutes les deux secondes car monsieur est un militaire à la solde de Britannia qui obéit aux ordres, même quant il s'agit de tuer des gens. Résultat: la série le discrédite en le transformant en idéaliste, et nous retrouvons donc à devoir prendre le parti de Zero...du personnage pour qui la violence est totalement légitime, surtout quand il s'agit de défendre la sainte mère Japon (ai je oublié de préciser qu'on avait une touche de nationalisme dans Code Geass?). Notez que je ne dis pas que Suzaku a raison, mais si la série voulez vraiment faire réfléchir et non adhérez bêtement aux thèses sanguinaires de Zero, elle aurait pu au moins nous fournir un personnage digne d'intérêt et qui ne se contredit pas dans une hypocrisie permanente, à faire la morale à Zero alors qu'il ne vaut pas mieux.

Code Geass (TV 1) - Screenshot #5Et pour finir, on a le cas de Kallen...ou de Shirley...ou de CC...ou de tout autres personnages féminins de la série. Alors, je ne vais pas m'attarder ici sur le fan service au final assez léger dans l'anime mais plutôt sur le fait que le sujet premier de toutes est Zero: quand elles interagissent entre elles, c'est pour parler de leur amour pour Zero, ou de leur jalousie envers une autre fille qu'elle pense plus proche que Zero. Car Kallen, notre brave guerrière au passé douloureux que seule notre brave héros peut alléger est jalouse de CC, l'étrange être seule dans un monde qu'elle ne connait pas avec notre héros comme unique protecteur. Sauf que CC est elle même jalouse de Shirley, la jeune lycéenne secrètement amoureuse de notre héros depuis toujours, qui elle aussi est jalouse de Kallen...je continue, où vous saisissez le ridicule sexiste d'une situation où tous les personnages, et pas seulement féminin au final, n'existe que pour mettre en valeur à quel point Zero est le meilleur, alors qu'il n'est rien d'autres qu'un tacticien cynique qui joue avec des vies? Non contente d'être simpliste, la série en devient même limite malsaine et insultante, à glorifier un prétendu modèle aux des valeurs nauséabondes et dangereuses, ce qui n'est pas sans rappeler la dernière production de Sunrise Cross Ange.

Au final, que dire de plus? Qu'est ce que je pourrais ajouter pour supplier les fans de ce genre de série d'arrêter de voir de la maturité dans des histoires qui ne le sont pas? En faisant cela, vous risquez comme ce fut le cas pour moi de ternir une série qui pourtant parter bien, avec de l'action et un dynamise d'enfer, mais qui dès que l'on gratte le vernis, s'effondre en un ramassis d'inepties et de prêt à penser appliquer n'importe comment au point où ça en devient un melting pot dangereux. Alors par pitié, cultivez le privilège de l'ignorance, celui d'apprécier quelque chose pour ce qu'il a offrir sans crier au génie dès que l'on part un tantinet dans le épique. On peut, et j'en suis convaincue, aimer Code Geass sans être d'accord avec ses idées, en reconnaissant leur débilité ou en les ignorant, et c'est très bien. Mais même si j'en faisais abstraction, il y un ultime détail qui me pousse à abaisser la note...dans chaque épisode, je dis bien dans chaque épisode, même les plus dramatiques, un personnage, généralement CC (comme si elle n'était pas déjà suffisamment inutile), commande invariablement une pizza de chez Pizza Hut, avec la marque bien en gros, bien visible et lisible en rouge et vert, réalisant le placement de produit le plus grossier de toute l'histoire.

Et ça, c'est la part de pizza qui fait déborder le vase.

Verdict :5/10
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A propos de l'auteur

Alice Devil, inscrit depuis le 23/10/2012.
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