Un bon gros nanar assumé pour des tranches de rires et de réflexions déroutantes

» Critique de l'anime Bakemonogatari par orphée le poète le
04 Novembre 2015
Bakemonogatari - Screenshot #1

Etant donné que la 7ème saison voit le jour et que le film approche à petit pas, j'ai décidé de faire une critique du premier opus de la saga de Shaft/Shinbo, adaptée des livres de NisiOisin: Bakemonogatari.

Aussi étrange que ça puisse paraître, cette série pourtant compliquée à réaliser a eu droit à un succès inattendu et incroyable au Japon, avec une fan-base puissante et un grand nombre de détracteur. Cette série divise autant les spectateurs que le réalisateur lui-même, Akiyuki Shinbo, qui signe probablement là son oeuvre la plus caractéristique de son ère Shaft.
Un mot sur ce réalisateur que j'apprécie personnellement beaucoup, il s'agit un peu du Robert Rodriguez de l'animation japonaise. Vous connaissez certainement Bebert, réalisateur de Sin City, Une Nuit en Enfer ou Machete, à la patte graphique particulière, aux impulsions badass et spécialiste des bons gros Nanars à l'ancienne... On peut dire que Shinbo le rejoint un peu sur sa manière d'être constamment dans la dérision et la surprise. Une patte graphique unique, un talent pour déstabiliser visuellement le spectateur et un humour décalé et cynique, c'est LE réalisateur de Nanar au Japon et il le fait bien. Connu surtout pour son oeuvre au sein des studios Shaft, pour qui il produit parfois 4 séries par an, avec notamment "Sayonara Zetsubo Sensei", la création originale "Puella Magi Madoka Magika" et "Pani Poni Dash". Mais Shinbo a réalisé avant Shaft quelques productions originales aussi intéressantes que dérangeantes, comme "SoulTaker" à l’esthétique proche des comic-book américains ou l'excellent "Le Portrait de Petite Cossette".

Bakemonogatari - Screenshot #2Si l'adaptation de Bakemonogatari en anime semblait infaisable, choisir Akiyuki Shinbo pour réaliser l'anime était pour moi le meilleur choix possible et ce pour plusieurs raisons, qui constitueront les principales qualités de la série:

La patte graphique de Shinbo dans un premier temps, qui saute aux yeux, joue sur les contrastes forts, les couleurs flashy, les gros plans bien nanar, l'animation saccadée et rapide, les longues phases de dialogue avec la caméra qui semble faire n'importe quoi mais est toujours subtilement placée pour déranger le spectateur juste ce qu'il faut et renforcer le malaise des dialogues cyniques des personnages. L'animation bien que bizarre est particulièrement adaptée à l'oeuvre et demeure plutôt réussie.

L'auto-dérision de Shinbo ensuite, qui constitue un des attraits majeurs de l'anime, autant dans la réalisation que dans le développement des personnages. On remarquera tout au long de l'anime des plans rapides contenant le numéro des scènes et des morceaux de scripts, présentant subliminalement l'anime comme étant un brouillon, une oeuvre en cours balancée à l'arrache et ça colle à l'aspect Nanar. Ça me rappelle un peu une scène dans "La Cité de la Peur" des Nuls lors de laquelle les bruitages sont faits à la bouche en raison de coupure de budget. Cette insertion permet de rappeler au spectateur que ce qu'il est en train de regarder n'est pas sérieux, sans sortir de l'histoire. Procédé finalement aussi gros que subtil, c'est bien vu.
Cette auto-dérision se ressent aussi avec la manière dont les personnages brisent le quatrième mur. On remarquera en particulier Araragi qui s’adresse au spectateur via les longues phases de narration, dont le magique "Ici se tient devant vous un lycéen qui, se laissant aller, agressa sexuellement une petite fille de 8 ans et ressenti une certaine fierté. J'aurais aimé l'espace d'un instant pouvoir vous affirmer qu'il ne s'agissait pas de moi". De même, qui a entendu parler d'un personnage Tzundere (Senjougahara) qui regarde la caméra et prononce "je suis une Tzundere"? C'est idiot mais ça fonctionne car ça nous empêche de prendre cette série au sérieux, d'autant plus que la série abuse volontairement des clichés liés aux personnages et au ecchi bas étage avec des exhibitions de culottes bien grossières.

Bakemonogatari - Screenshot #3Mais cette série se démarque également par la qualité de ses dialogues. L'art de faire un bon Nanar (ou plutôt une bonne comédie Nanardesque) consiste à jouer subtilement sur le décalage entre un gros travail couplé par une maîtrise cinématographique et une sur-exposition de bourdes clichées flagrantes, d'habitude insupportables, constituant l'humour du genre. Et cette série le fait excellemment, en particulier grâce à ses dialogues. Les personnages ont l'art de parler des heures en débattant ardemment pour défendre des idées stupides et loufoques et c'est franchement drôle.

De plus, cette série se permet en permanence de jouer sur l'exagération. Que ce soit la scène lors de laquelle Senjougahara fait tomber une foule d'instruments tranchants d'école (cutter, ciseaux, compas...) ou enfonce une agrafe dans l'intérieur de la lèvre de Araragi de manière complètement gratuite, les bagarres entre Araragi et Mayoi, l'overdose d’hémoglobine de l'arc de Kanbaru et de manière générale la violence des scènes d'action, les discutions interminables sur des sujets pourtant stupides et sans intérêt ou le double White Hanekawa qui sort des "Nya" tous les trois mots lorsqu'elle parle... Plus c'est gros et plus ça passe, ce qui permet à la série de construire son humour parodique et Nanardesque.

Bakemonogatari - Screenshot #4Mais outre l'aspect Nanar de la série, le développement des intrigues est vraiment bon, les histoires sont intéressantes, la résolution des aberrations est toujours bien pensée, le scénario est original et les personnages sont excellents. J'ai une préférence personnelle pour Araragi lui même, Senjougahara, le mentor Oshino Meme et la vampire loli Shinobu. Chacun de ces personnages bénéficie d'un réel développent et d'une évolution qui s'étends sur l'ensemble des 7 saisons (pour l'instant) de cet anime. On s'attache facilement à eux, dû à leur futilité et à leurs punch-lines et on prend du plaisir à les suivre.
De plus, le scénario, si on le suit tout au long des saisons, semble initialement partir dans tout les sens mais se recoupe au fur et à mesure et finalement, tout est lié. On prend du plaisir à rassembler les pièces du puzzle et certaines questions de la saison 1 trouveront des réponses par exemple à la fin de la saison 4.

Toutefois, certains aspects de cette série peuvent parfois rebuter le spectateur. On peut dénoter par exemple le manque d'homogénéité de l'intrigue, entre certains arcs vraiment intéressants ( Senjougahara et Hanekawa), d'autres qui traînent en longueur (Mayoi) ou d'autres qui sont carrément bâclés (Sengoku). De même, si on regarde l'oeuvre dans son ensemble, on constatera que la saison 2 (Nisemonogatari) est vraiment médiocre alors que la saison 4 (Monogatari Series: Second Season) est selon moi la meilleure de la saga.
De plus, certaines musiques, en particulier pendant les opening, sont inaudibles. Autant j'apprécie l'opening du premier arc, autant j'ai énormément de mal avec ceux chantés par Mayoi ou Sengoku.

Pour conclure, je recommande cette série à condition de ne pas la prendre au sérieux. Chercher dans Bakemonogatari une cohérence et une qualité digne de l'anime de l'année est une grossière erreur car cette série repose avant tout sur un humour d'auto-dérision et de décalage et se présente comme étant une parodie de fantastique de série B et de ecchi à deux centimes. Personnellement, en ayant regardé cette série comme tel, j'ai adoré l'expérience et j'ai suivit l'intégralité des 7 saisons qui sont sorties jusque là. Car outre l'aspect Nanar, cette série dispose d'énormément de qualités et provoque souvent des fous rires incompréhensibles. Coup de cœur personnel, Bravo à NisiOisin pour cette oeuvre et mes respect à Monsieur Shinbo.

Bakemonogatari: 17/20

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

orphée le poète, inscrit depuis le 13/03/2015.
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