Critique de l'anime Kikôshi Enma

» par Deluxe Fan le
01 Mai 2011
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Kikoushi Enma : Les Démons de Minuit

Cette nuit fut l’occasion pour moi de mener une vraie petite expérience de japanime. En ce moment je suis une série intitulée Dororon Enma-kun Mera Mera, du studio Brain Base. Cette série est un remake d’une veille franchise du doyen Go Nagai parue originellement dans les années 70.

Dororon Enma-kun Mera Mera est un anime de comédie très drôle, assez porté sur l’ecchi mais dans un ton second degré absolument délicieux.

J’ai alors appris que Go Nagai avait écrit une deuxième version de sa série, Kikoushi Enma, qui fut adapté en quatre OAV par Brain Base en 2006. A ma grande surprise, Kikoushi Enma n’est pas une redite de Dororon Enma-kun mais un produit totalement nouveau. Tout l’aspect comédie est viré pour laisser place à un vrai petit anime d’horreur.

Il s’agit donc de quatre OAV de quarante-cinq minutes chacun, mais qui en réalité ne racontent que trois histoires, puisque les deux derniers ne forment qu’un seul épisode. Ceci dit, les histoires sont liées scénaristiquement (il faut les voir dans l’ordre), et pour moi j’ai plus eu l’impression de ne voir qu’un très long-métrage.

L’univers reprend sans l’exploiter l’univers de Dororon Enma-Kun, et il est clair que ceux qui n’ont pas fait l’effort de creuser la question seront largués dès les premières minutes. Pour rappel, Enma est le neveu du Roi des enfers, envoyé sur Terre pour juger les démons qui se sont échappé du monde souterrain. Il est aidé par Yukihime, une Yuki-Onna (yôkai bien connu du folklore japonais) de Kappaeru, un Kappa (autre yôkai célèbre) et d’un chapeau parlant, Chap-ôji (jeu de mots sur le français « chapeau » et le suffixe japonais « ôji » qui désigne une personne âgée). Ces quatre compères sont donc des démons chargés de traquer d’autres démons (un peu comme l’Ongyo dans Requiem for the Darkness). Là où dans Mera Mera cette quête est essentiellement prétexte à gags tordants, Kikoushi Enma la prend très au sérieux. Ce qui de prime abord semble ne pas coller aux personnages puisqu’ils ont les mêmes attributs que dans Mera Mera - à ceci près qu’ils sont adultes. Le cadre change néanmoins puisqu’il ne s’agit plus du Japon des années 70 mais plutôt celui des années 2000.

De la même manière qu’un xxxHolic, les histoires nous racontent comment un élément fantastique va faire ressortir tout le mal et la névrose du personnage qui en sera la victime.

La première histoire, la plus intéressante, traite d’une série de meurtres qui semblent être le fait d’un vampire. Une jeune fille, Laura, semble être impliquée, et Enma et son équipe vont devoir la retrouver. La deuxième histoire tourne autour d’un bar à hôtesses qui sera le théâtre de crimes, mystérieux orchestrés par une poupée de porcelaine. La dernière histoire, qui dure deux épisodes, raconte comment un démon retors va piéger cinq personnes dans un manoir hanté, les confrontant à leurs passés tachés de sang…

Le fil conducteur de ces trois histoires, en dehors de l’équipe d’Enma, se fait par le personnage du détective qui enquête sur les meurtres de démons en parallèle (comme dans Petshop of Horrors) et de la journaliste qui s’intéresse au surnaturel (comme dans Jigoku Shôjô). Ces personnages ne sont pas des laissés pour compte, ils sont au cœur de la trame de la dernière histoire. Un autre élément important liant ces trois histoires est l’utilisation absolument magistrale que dis-je, géniale, de la théorie du « Revolver de Tchekov ». Cette théorie et sa réciproque sont utilisées en narration pour renforcer la cohérence d’une histoire. Elle stipule qu’un élément introduit dans une histoire doit obligatoirement être utilisé par la suite ; et surtout qu’il est bon d’introduire un élément important le plus tôt possible pour le délaisser durant le développement et lui donner toute sa valeur pour la conclusion. C’est ce que fait Kikoushi Enma : la toute première scène du premier épisode semble être une banale scène d’exposition, mais en réalité c’est un élément central de l’intrigue. Mais on le sait que vers la fin…

L’histoire est encore remplie de subtilités qui lui donnent une saveur particulière et la rendent très plaisante à suivre. On appréciera de plus le ton résolument adulte de l’ensemble. En effet, Kikoushi Enma adopte un mélange entre érotisme et gore, qui personnellement me rappelle certains travaux de Yoshiaki Kawajiri (dans ma bouche c’est un immense compliment). Les histoires contées ne sont pas des plus joyeuses non plus, avec certaines scènes véritablement dérangeantes (comme celle de l’épisode 3 où une femme assassine son mari et tente de tuer sa fille, ce qui m'a rappelé une certaine actualité…). Les personnages principaux font retomber la pression, avec les quelques privates jokes qui vont bien. Mais mêmes eux seront confrontés à l’horreur à un moment ou à un autre.

Le style visuel de Kikoushi Enma est juste aux antipodes de Mera Mera, pour des raisons évidentes. En lieu et place des têtes kawaii en SD, les seins énormes et les onomatopées à l’écran, vous aurez un design rugueux, sombre, dans un style qui me rappelle un peu Satoshi Kon. La preuve la plus flagrante que ces deux animes bien que portant le même nom et racontant la même histoire sont en parfaite opposition stylistique.

On notera en plus une certaine recherche en terme de mise en scène, avec des plans larges, des travellings, ou encore des alternances très rapides de gros plans, pour renforcer la tourmente des personnages.

Ce tableau est quelque peu noirci d’une part par la faiblesse de l’animation (je n’ai jamais vu Brain Base briller sur ce terrain-là), et la sur-utilisation de 3D. Cela est particulièrement visible dans les deux derniers épisodes, puisque le manoir est presque entièrement rendu en numérique. Ceci dit, vous ne ferez pas dire que Kikoushi Enma est moche : le style bien sombre, la direction artistique générale font que l’on rentre vite dans l’univers. Cela est aussi permis par la musique, assez discrète, mais qui fait son travail au bon moment (avec utilisation d’instruments folkloriques japonais pour les amateurs). Toutefois, l’ending à base de rock était quand même un peu too much à mon goût.

Néanmoins je n’irais pas jusqu’à dire que Kikoushi Enma est un anime qui fait peur. Ni même qu’il angoisse. Mais il a le mérite d’essayer.

Comme je l’ai dit en introduction Kikoushi Enma fut une vraie expérience pour moi puisqu’il montre qu’en japanime on peut partir d’un point A et arriver au point Z en restant très bon des deux côtés. C’est un peu comme si on tentait de faire un film d’horreur avec du One Piece (et encore, Hosoda l’a presque fait), ou une série de genre avec du harem lycéen (enfin il y a bien eu des tentatives).

Il faut savoir que j’ai développé un attrait particulier pour les animes crus, violents, borderline, qui questionnent la moralité humaine. Je pense que ce sont ces animes qui font la réputation et l’intérêt de la japanime vis-à-vis du dessin animé en général.

Je retiens Kikoushi Enma comme un véritable film d’animation d’horreur, un milliard de fois plus réussi que les pseudos animes horrifiques servis aujourd’hui. Dommage qu’il se soit niché dans un coin aussi reclus de la japanime (franchement, allez parler de Go Nagai à un otaku de 2011), et qu'il soit aussi court.

Les plus

- Un vrai anime de suspense fantastique

- Thèmes durs, voire choquants

- Mise en scène étonnante

- Assez court pour ne pas lasser

Les moins

- A assez mal vieilli

- Pas de background

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Deluxe Fan, inscrit depuis le 20/08/2010.
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