Critique de l'anime Shin Sekai Yori

» par Kenji Endo le
28 Janvier 2013
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Shinsekai Yori (From the New World).

Curieux que personne n'ait posté de critique, je saisis l'occasion pour mettre en avant une série emblématique.

On l'entend souvent: "Tiens, cela faisait longtemps que je n’avais pas été pris par surprise par une série animée!"

Sauf que cette fois-ci, c'est amplement mérité! (ça aussi on doit le dire souvent).

A force d’en suivre, je reconnais être devenu cynique et extrêmement sélectif (j’en avorte beaucoup quoiqu’on me dise). J’ai même développé une allergie aux séries avec des ados et leur jupe ras le slip. Les mangas m’ont plus que gavés.

Mais là, c’est autre chose, vous allez être gâtés. Je donne rarement mon avis, surtout concernant une série qui n’est pas achevée à l’heure où j’écris (épisode 16). Je suis prêt à parier que la fin du scénario ne nous laissera pas indifférent.

Ne vous laissez donc pas avoir par le character design enfantin, par l’école de magie, par les bons sentiments, dans quelques épisodes, tous ces trucs vont exploser et faire apparaitre derrière la poussière un univers hautement plus complexe.

J’en dirai le moins possible et me concentrerai sur ses critères de qualités.

Mes critères d’évaluations:

_ Scénario : 1,5/2 (série non terminée)

Mon jugement ne se base que sur l’avancement actuel (épisode 16). Mais pour l’instant, l’univers est profondément intriguant, jamais une série n’avait abordé de cette manière le thème des dons parapsychologiques et un monde post-apocalyptique (un genre de « spéculative fiction »). Il est redoutablement entrainant.

Yusuke Kishi est un grand auteur de nouvelles, récompensé pour ses histoires d’horreurs, en SF il est considéré comme le Philip.K.Dick Japonais. Les thèmes questionnés (structure de la société, sélection naturelle, manipulation culturelle, évolution des espèces, la survie) sont ce qui enrichit globalement la série, on sent que les scénaristes ont pris soin de ne pas poser pour la millième fois les mêmes problématiques archaïques (que faire de mes pouvoirs, ai-je le droit d’en abuser, dois-je changer le monde ?). Il y a un effort, qui sera très apprécié par un public plus mature, d’aborder des thématiques inédites et par des manières de faire assez subtiles.

_ Personnages: 2/2

Difficile d'en parler sans gacher le plaisir de les découvrir. Ses personnages sont difficile à identifier lorsqu’ils sont très jeunes. Surtout qu’aucun détail ne nous est donné. On doit découvrir au fur et à mesure, d’un personnage à un autre (ce qui ne me dérange pas car on se focalise sur l’essentiel). Ceci dit, ils sont rudement bien écrit, leurs traits psychologiques sortent des sentiers battus, que ce soit au niveau de leur évolution interrelationnels que leur prise de conscience (entre « Le Passeur » de Lois Lowry à « Hunger Games » de Suzanne Collins).Le thème de l’amitié est fortement présent, d’une manière plaisante, on l'aborde par la sexualité et les tensions de séduction, finalement ce thème y est presque "torturé". Je vous laisse deviner qui finit par devenir le personnage principal au fil des épisodes.

_ Rythme : 2/2

Ce qu’on peut dire, c’est que ça ne chaume pas. A part deux ou trois épisodes où j’ai noté quelques longueurs (qu'on zappe à la souris), ça reste un plaisir visuel. Ça va vite, il faut bien suivre au risque de ne rien comprendre même en revenant quelques secondes avant dans la lecture, les ellipses sont rapides et les moments « silencieux » sont aussi appréciés que les moments anxiogènes. N’oubliez jamais de faire confiance aux créateurs de cette série, l’évolution et la découverte de l’histoire est pensée par de vrais « ingénieurs » de l’animation. C’est un anime de luxe. Pas de flashback ou flash-foward inutiles et sans intérêts. Tout se tisse et s’assemble comme un puzzle harmonieux. Chaque question en suspend trouvera sa réponse. J’avoue être subjugué par le talent des monteurs et des réalisateurs à jouer sur notre mémoire de spectateur pour nous faire entrer dans cet univers énigme par énigme, d’une question à une réponse qui amène une nouvelle question. On se surprend à se souvenir de ce qu’on avait occulté, seulement stimulé par un mot, une réplique ou un court dialogue (vous comprendrez en suivant la série). En somme, le moindre plan, même avec un petit canard dans l’eau, va trouver son explication par la suite et c’est un euphémisme.

_ Réalisation/ graphisme : 2/2

Je le redis, c’est un anime de luxe, bien que le Studio A-1 Picture soit méconnu (Black Butler, le sympathique Tetsuwan Birdy), on apprécie le soin apporté à l’animation, c’est le standard actuel de toute façon. J’ai vérifié : les dessinateurs intervallistes sont présélectionnés pour cette série, certains ont contribués au meilleurs épisodes des séries du producteur Aniplex ( Baccano, Darker than Black, Fullmetal Alchemist : Brotherhood ou Naruto Shippuden). Donc, même si l’histoire avait été d’une nullité abyssale, ce qui est inversement le cas, cette série présente des caractéristiques esthétiques puissamment séduisantes. J’ai même constaté des clins d’œil à une série moins connue « Kiba ».

En gros, les fous d’animation graphique vont se régaler tant sur le Character-design, le background que sur les prouesses techniques (éclairage, mouvement, expressions faciales, cadrage, effets surréalistes à la Studio 4°c).

_ Musique : 2/2

Aérienne, mythologique, métaphorique. Parfaite. Le thème principal a été utilisé plusieurs fois mais reste le meilleur morceau. Les compositeurs Shigeo Komori et Chikara Ozaki m’ont ramené à l’époque de Ghost In the Shell ou d’Akira avec Geinoh Yamashirogumi et le Shinshei Royal Chinese Orchestra. Je ne suis pas doué pour juger de sa qualité, mais j’ai apprécié tout les moments musicaux parce que d’une part, la bande son joue un rôle vraiment entrainant pour nous plonger dans l’angoisse des personnages, et d’autre part, ils sont remarquablement composé, sans artifices électro malvieillissants. Les musiques sont aussi bien ajustées qu’un Death Note.

CONCLUSION

Sans spoiler le plaisir, au début j’ai pensé à un mélange de Harry Potter et Akira, donc un vieux « bof ». Mais je continue avec cette règle du « attend le 5eme épisode où ça bouge », on passe à des prologues plus sombres, plus intrigants, des toiles de fond qui nous laissent un souvenir d’allumeuse. Donc « Bof, mais quand même… ». Mais arrivé au quatrième épisode ça se gatte, l’architecture de ce monde se révèle énormément plus complexe que ce qu’on aurait pu imaginer. Et là un « WTF, qu’est ce que c’est que ce truc ? Ça a l’air énorme, on passe au suivant ! »

Mon cynisme a été bousculé plusieurs fois et on se surprend à enchainer chaque épisode à un rythme soutenu. Peut être que la suppression d’un clip au début y est pour quelque chose, enfin une série qui a compris ce que c’était de ne jamais lâcher le spectateur. En parlant de ce rythme, ça avance assez vite, je vous conseille de bien suivre la chronologie de la série, parfois ça saute quelques années et le character design subit des mutations assez « drastiques ».

J’avoue avoir perdu le fil avec tout ses personnages, mais cela ne pas dérangé puisque c’est lié aux bases du scénario (sur l'oubli), et au contraire, ça donne envie d’en savoir plus!

Savoir quoi ? D’une part la nature de leurs « pouvoirs » qui s’avèrent moins fantaisistes et moins injustifiés que ce qu’on a coutume de voir dans le genre. Le tout est plongé dans le lexique du folklore japonais, la zoologie est mystérieuse et nous renvoi à des univers connus de Miyazaki et Léo (Aldébaran). De plus, elle est elle-même justifiée, posé comme un mystère radicalement important.

Episode après épisode, on passe d’un cercle de découverte à un autre et à chaque fois, c’est une carte avec des « terra incognita » qui s’agrandie. Des terres inconnues qui ne concernent pas seulement la géographie, mais plutôt le système dans lequel évoluent nos héros, aussi dans le passé de ce monde, dans les questionnements éthiques que pose ce monde, d’où viennent-ils ?

C’est un énorme voyage, j’avoue attendre la suite avec impatience.

J'ai aussi été surpris par certains épisodes qui sont très perturbants au niveau éthique, même si je trouve exagéré qu’on lui ait vulgairement flanqué la motion « pour public averti », aux antipodes du discours de la série qui serait « ne prenons pas les jeunes pour des … ».

J’espère ne pas vous avoir dégouté de regarder cette série. J’ai tenté d’en dire le moins possible.

Ses point négatifs : narration limite trop rapide quelques fois, concernant la partie « qui est qui ? ». Même si on a la réponse à plusieurs mystères, certains semblent tirer sur la corde du suspense un peu trop longtemps. Au niveau de la réalisation, seul le début est laborieux, ce que je trouvais limite dans les sept premiers épisodes, a été doublement rattrapé dans la suite.

En somme, faites vous un avis, je serai curieux qu’on lui trouve plus de défauts. Ma note n’est pas très exagérée et compensera les 1/10 ajoutés par les critiques encore plus cyniques que moi.

Verdict :10/10
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A propos de l'auteur

Kenji Endo, inscrit depuis le 03/04/2009.
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