Regard(s) sur Buronson & Ryoichi Ikegami
Présentation des auteurs

Deux dinosaures du manga. Buronson et Ryoichi Ikegami sont mangaka depuis plus de trois décennies. Sho Fumimura ou Buronson, deux pseudos pour un même scénariste. Ce mangaka est le célèbre auteur d'Hokuto no Ken (Ken le Survivant), une oeuvre qui a marqué toute une génération, et qui est sans doute le plus grand succès de sa carrière. De son côté Ryoichi Ikegami est dessinateur. Il se fait remarquer dans le milieu lors de l'adaptation du comic Spiderman en manga durant les années 1960. Il a collaboré avec des grands noms du scénario comme Kazuo Koike, de cette collaboration est née entre autres Crying Freeman et adapté au cinéma en 1995. Buronson et Ryoichi Ikegami ont produit quatre mangas dont trois plongent dans le milieu du crime nippon.
Le Monde Yakuza

Lorsque l'on évoque les yakuzas on a l'esprit des hommes aux visage sévères et aux phalanges amputées. Le crime organisé au Japon est un monde singulier, différent des autres mafias. Les yakuzas se regroupent en société (ou par clan) ayant pignon sur rue, ils arborent des pim's signe de leur appartenance à un groupe, parfois ils ont leurs propres magazines. Le microcosme yakuza est très codifié : par des rituels, une hiérarchie stricte, un système d'allégeance de vassal à suzerain digne des temps médiévaux, un code d'honneur comme l'était le bushido pour les samouraïs, une obéissance et un respect à l'aîné sacralisés; si bien que ce monde fascine encore aujourd'hui.
...terreau d'un idéal-type

Le duo Ryoichi Ikegami et Buronson s'est fait spécialiste du manga de yakuza : Sanctuary (le chef-d'oeuvre), Strain, et Heat sont leurs oeuvres qui ont pour environnement le crime organisé nippon. On y retrouve quasiment le même idéal-type masculin, ainsi on est tenté de faire l'amalgame entre ce personnage et les idées de leurs auteurs.
Il est vigoureux, musclé, pratique les arts martiaux, et enfin séducteur. Bref une belle vision virile. Mais sa jeunesse lui permet de bousculer l'ordre établi, de véhiculer certaines idées du scénariste illustrées par le dessinateur. C'est-à-dire que selon Buronson, le yakuza est souvent un personnage qui n'a pas été avili par la société japonaise contemporaine, il est celui qui a la capacité de leader nécessaire pour faire bouger les choses contre vents et marées; une sorte de capacité à faire rêver qu'a incarné le couple Hojo-Asami dans Sanctuary.

C'est un mélange d'ambition et d'idéalisme qui prend sa source dans le lourd passé du héros. Hojo et Asami ont survécu au génocide cambodgien, Mayo de Strain a été trahi par son frère, ou encore Karasawa de Heat a été le témoin du suicide de son père. Des drames sont à la base de leur parcours, mais ils ne sont pas pour autant le symbole d'une vendetta contre le destin. La célèbre phrase de Nietzsche "ce qui ne me tue pas me rend plus fort" est le leitmotiv de ces personnages; rien de plus. Mais Buronson tombe souvent dans la grandiloquence basique. Le héros se lance souvent dans des discours aux vérités générales parfois à la visée politique.
Phallocratie

Le héros évolue dans un univers très masculin de surcroît très violent. La femme est réduite à un rôle minime. Elle est vue principalement sous deux angles : le premier est celui de la mère dévouée mais cette vision est peu présente, le second angle est celui du désir sexuel. En effet elle n'est quasiment vue que par le prisme de l'érotisme, d'un objet de désir à convoiter; elle devient "chose" sous les traits d'Ikegami. Qui plus est lors de l'acte sexuel la femme semble être consumée par le désir, tandis que le héros reste maître de lui-même. Une totale domination, le héros sort toujours vainqueur du jeu de séduction.
Le personnage d'Ishihara de Sanctuary illustre bien cette idée. C'est une femme-flic très sexy, et cotoie donc un univers masculin. Son aplomb n'est qu'une façade car elle est secrètement amoureuse d'Hojo. Progressivement elle se dissout devant le charisme du yakuza, et s'offre à lui. Et cela quasiment pour tous les personnages féminins qui opposent une "résistance". Le même schéma se reproduit dans Sanctuary, Strain et Heat. Parfois même le viol est presque légitimé en tant que marque de virilité, à voir l'incroyable libido de Tokai de Sanctuary qui ne cesse de passer ses nerfs sur les femmes en les violant.
Héraut de Buronson

C'est un secret de polichinelle : les yakuzas sont proches des mouvements d'extrême droite nippone. Cependant sur ce point le scénariste de Sanctuary brouille les cartes. Parfois on perçoit en filigrane un fervent patriotisme. Pourtant le héros est souvent ouvert sur l'étranger, bien qu'il soit motivé par des idées d'expansion, de domination des organisations criminelles (excepté dans Strain). Dans Heat, Karasawa est le trait d'union entre plusieurs groupes mafieux étrangers : coréens, taïwanais, et chinois. Buronson semble y dénoncer la discrimination faite aux étrangers notamment à travers le personnage de Kim, en explorant le Kabuki l'un des quartiers cosmopolites de Tokyo.
Ouverture
Grossièrement la Chine est pour le Japon, ce qu'est la Grèce et la Rome antique pour les européens. Buronson a presque toujours fait intervenir dans ses histoires des Chinois, la Chine comme référent culturel comme pour Hokuto no Ken. Débuté en 2005, Lord est la dernière collaboration en date des deux mangakas, une fois n'est pas coutume l'histoire se déroule durant durant le 17 ème sicèle en Chine. Malgré le fait que ce sont deux auteurs qui ne se renouvellent guère en terme de contenu, l'un comme l'autre à cause de personnages terriblement récurrents, espérons que ce manga, licencié récemment par Pika, nous prouve le contraire. Le premier tome est prévu pour avril 2008. Qui vivra verra.

.::Article réalisé par Gemini no Saga le 26/01/2008::.