20 years after the Second Impact

» Critique de l'anime Neon Genesis Evangelion par Alice Devil le
25 Mai 2015
Neon Genesis Evangelion - Screenshot #1

En 2015, l'humanité est au bord du gouffre: après s'être péniblement remise d'un cataclysme appelé "Second Impact" ayant ravagé la planète, voilà qu'une nouvelle menace surgit de nulle part, des créatures titanesques et dévastatrice connues sous le nom d'Anges. Alors que l'un d'eux s'apprêtent à ravager la ville de Tokyo 3, il revient à Shinji, jeune adolescent fragile et doutant de ses capacité, de sauver notre monde à bord de l'arme ultime: les Evangelions, gigantesques bio-machines à l'origine mystérieuse et derniers remparts séparant la terre de sa destruction.

Diffusée voilà 20 ans de cela, la série Neon Genesis Evangelion ne se présente plus: sa diffusion au Japon changea l'industrie de l'animation à la fois par la crudité de ses scènes qui lui firent scandales à l'époque, mais aussi par sa réussite à une époque où les studios en difficulté avaient du mal à se redresser. Première série créée exclusivement par une génération ayant grandi avec les animes, elle demeure aujourd'hui une source d'inspiration au Japon comme en Occident, où même des cartoons lui rendent hommage. Inutile de le préciser, mais nous sommes là face à un monstre, un classique ultime que tout fan d'anime connait de prêt ou de loin, que ce soit par les films reprenant et réinterprétant la série ou le merchandising abusif que l'on trouve dans chaque stand à n'importe quelle convention. Faire une critique de cette anime, c'est comme marché dans un champs de mine: le moindre faux pas et vous explosez en vol. De plus, après 20 années d'existence, presque tout et n'importe quoi a été dit. Néanmoins, une bonne piqure de rappel ne fait pas de mal, surtout au regard du gain de popularité des animes au cours de ces dernières années. Aussi, revenons 20 ans en arrière, là où tout à commencer, pour voir si après tout ce temps, ce retour dans le passé en vaut encore la peine.

Neon Genesis Evangelion - Screenshot #2Avant de commencer, je souhaiterai préciser deux choses: la première, c'est que je ne réalise pas ici une critique dans le sens propre du terme. Voyez ce texte plus comme un témoignage que comme une argumentation solide et construite afin de juger de la qualité d'un anime. Deuxièmement, rappelez vous que tout ce qui est dit avant un "MAIS" ne compte pas: l'important et ce qui vient après. Maintenant, vous vous demandez certainement pourquoi je tenais à préciser cela? Et bien c'est très simple (laissez moi juste le temps de m'abriter dans un bunker):

Je n'aime pas Evangelion.

Voilà, c'est dit. Si vous pouviez cependant attendre un peu avant de m'envoyer au bucher ou de me lapider en place publique, je vous serais extrêmement reconnaissante. Que voulez vous? Nul n'est parfait, et je suis une de ces rares et immondes personnes sans joie qui n'apprécient pas les méchas, ces combats de robots immenses censés sauver toute l'humanité pendant qu'ils piétinent généreusement des villes entières. Après, l'animation est par contre sublime! Même après 20 ans d'existence, les combats demeurent fluides, les couleurs sont somptueuses et les décors sont magnifiques: Evangelion est l'un des derniers grands feux de l'animation avant le numérique et les ordinateurs à l'instar d'un Cowboy Bebop, et malgré une légère baisse de qualité vers la fin, on reste dans du grand art.

Neon Genesis Evangelion - Screenshot #3Malheureusement, les graphismes ne font pas tout, et sur le plan des personnages comme du scénario comme des personnages, je ne peux m'empêcher de grincer des dents. Qu'on se le dise: notre "héros", Shinji, a le charisme d'une huitre. Non pas parce qu'il s'agit d'un adolescent fragile en proie aux doutes sur lui même et sur ses actions, au contraire: quand je vois de nos jours la masse de héros absolument parfait, capable de massacrer du vilains en deux secondes, je dirais même qu'il s'agit là d'une des meilleures idées de la série! Mais il y a une différence notable entre se questionner et stagner: Shinji, du premier au dernier épisode, n'avance pas. Il se contente de répéter en boucle le même shéma (la douce scène de la fuite dans le train), et ce malgré toutes les épreuves qu'il surmonte: devoir recommencer ainsi à zéro à chaque épisode alors que dans le précédent, d'indéniables progrès furent accomplis, c'est juste de la torture. Alors je veux bien que le créateur de la série, Hideaki Anno, cherchait ainsi à recréer le sentiment de dépression, mais quand le monde est sur le point de vivre ses derniers moments, que l'humanité est face au plus grand péril de son histoire, ne pensez vous pas que notre héros à d'autres problèmes plus urgent que de se préoccuper de savoir si ses petits camarades l'aiment ou pas? Je me permet de nuancer: ce n'est pas que la série ne traite jamais des problèmes lier au stress de piloter, mais ils ne sont couverts quand dans un ou deux épisodes. Le reste du temps, on a droit à Shinji qui fugue pour un oui ou pour un non parce qu'il croit que personne ne l'aime, qu'il est seul au monde, et que nul n'a besoin de lui (il était emo avant l'heure celui là!).

Neon Genesis Evangelion - Screenshot #4Quant au reste du casting, Shinji est entouré de personnages féminins tous particulièrement attirants, mais qui le dénigre, l'ignore ou l'infantilise la plupart du temps, ce qui a pour but de légitimer la pauvre victimisation de notre "héros", alors qu'en vérité, toutes nos charmantes donzelles l'apprécient quand même secrètement, ce qui donne lieu à de merveilleuses scènes entretenant ainsi de les fantasmes de Shinji et du spectateur. Avant que les adorateurs de l'insipide Rei ou de l'insupportable Asuka ne m'assassinent, je souhaite préciser cependant que ce ne sont dans ce cas présent, non pas les personnages qui sont mauvais, mais leur utilisation. Même si je les déteste, je dois reconnaitre qu'Asuka et Rei reçoivent chacune un véritable développement psychologique et profond qui contribue à en faire des êtres humains, et non des stéréotypes. Il est juste dommage que tout cela soit construit uniquement dans le but de valoriser le brave Shinji, qui même s'il est rejeté, aide nos pauvres demoiselles en détresse à sortir de leur trauma.

Reste donc un dernier élément à traité, l'histoire en elle même: qu'on se le dise, malgré le thème mécha très orienté action, l'originalité d'Evangelion repose sur sa psychologie et son symbolisme. Tout événement amène à la conclusion d'une réflexion précise sur la dépression justement et la relation à autrui et à la société. C'est d'autant plus visible dans la série, puisque suite aux coupes budgétaires, les deux derniers épisodes se veulent purement symboliques pour délivrer la réponse d'Hideaki Anno à la problématique qu'il a posé (je ne traiterai donc pas du film End of Evangelion, chaque chose en son temps). Sans dévoiler l'intrigue, la morale finale oriente le spectateur vers une idée d'auto détermination, soit que l'on a nul besoin du regard d'autrui et de la société: seul compte l'acceptation de soi même pour ainsi s'affirmer et imposer sa présence au monde et à la société sans en être une victime. À nous de nous délivrer de notre propre bulle, de notre propre complexe du hérisson comme la série l'appelle, pour décider de son destin. Si vous m'avez suivi jusque là, "Omedeto" (clap, clap).

Neon Genesis Evangelion - Screenshot #5Car comme promis, vous voilà entrer dans le "MAIS" que je vous avez promis en début de critique.

La première fois que j'ai vu Evangelion, j'étais alors en prépa littéraire: les analyses de textes et autres dissertations étaient mon lot quotidien. Aussi, malgré toute ma réticence envers les personnages d'Evangelion et mon peu d'intérêt pour les méchas, je fus forcée de reconnaitre à quelle point le message de l'histoire avait été particulièrement bien réfléchi. Chaque nouvel épisode devenait pour moi à la fois une source de frustration au niveau de l'intrigue, mais aussi une source de maux de crânes, tant je pouvais passer des heures à repenser et digérer les informations et les symboles qui venaient de mettre donner. Aussi contrairement à beaucoup de personnes dénigrant les deux derniers épisodes pour leur manque d'actions et de sens évidents, j'ai personnellement adoré la conclusion de la série. Ce fut un véritable plaisir que d'essayer de les décoder, les interpréter et en tirer une conclusion que je trouev extrêmement riche et intéressante. C'est à ce moment là, que j'ai réalisé une chose à la fois simple mais portant pas si évidente: Evangelion fait réfléchir.

Cela peut paraitre idiot dit comme ça, mais songez y deux secondes: la plupart de nos médias actuels vous proposent généralement une morale prédéfinie que le spectateur est censé rejoindre. S'il y a une interrogation, on vous donne généralement le choix entre deux arguments en vous présentant le pour et le contre. Mais dans cet anime, quand bien même une idée générale s'en dégage, c'est à vous de faire le travail nécessaire de réflexion pour la trouver. La tâche n'est peut pas évidente, mais c'est là toute sa force: en questionnant la série, on se questionne soit même, puisque sur un même symbole une personne comme une autre peut y mettre différentes interprétations. Au final, ce que vous voyez dans Evangelion est autant le produit d'Anno que de vous même, de votre propre réflexion. Pour vous dire à quel point j'étais allée loin, j'en venais à avoir des débats avec ma prof de philo en fin de cours sur cet anime! Le visionnage de cette série est ainsi une expérience unique à mes yeux, par laquelle j'ai pu mettre en ordre mes propres convictions, et je doute fortement être la seule personne dans cette situation. Peu de média peuvent ainsi se vanter d'en arriver à un tel résultat.

Neon Genesis Evangelion - Screenshot #6Et même si vous ne vous sentez pas l'âme d'un déchiffreur de symboles, même si vous vous en moquez du message derrière l'anime, vous venez quand même inconsciemment de réaliser le même travail d'introspection. Evangelion condense en elle seule tous les aspects possibles et imaginables que l'animation japonaise actuelle peut offrir. Je me suis longuement exprimée sur le côté symbolique puisqu'il s'agit de l'une des raisons premières pour laquelle je me passionne pour les animes. Mais si vous préférez l'action, cette série est aussi faite pour vous avec son cadre futuriste et ses combats dantesques! Vous n'aimez ni l'un ni l'autre et préférez une petite comédie sentimentale? Même si je les déteste, les personnages peuvent aussi répondre à votre demande, puisque certains offrent une bouffée de fraicheur dans l'intrigue par un humour léger et on même droit à une ou deux histoires de cœur. En seulement 26 épisodes, on sent ici la passion pour toutes les facettes d'un même média, les animes, condensées en un seul univers-monde: chacun peut ainsi adorer un aspect précis qui révèle ainsi vos goûts et les racines de votre passion pour les animes. C'est pour cette raison que je défends d'ailleurs les deux derniers épisodes: quand bien même vous n'appréciez pas l'effort requis pour en retirer une conclusion satisfaisante, ils incarnent à eux seuls l'ouverture et l'étendue de possibilités de cette série qui en a marqué plus d'un.

Une de mes anciennes professeurs déclarait que l'intelligence venait à accepter et reconnaitre l'intérêt de certaines grandes œuvres même si on ne les apprécie pas. Aujourd'hui, je n'aime toujours pas Evangelion, et je pense que je ne l'aimerai jamais. Cela ne m'empêche pas d'en reconnaitre l'importance. Quand Anno déclarait vouloir susciter l'intérêt du plus grand nombre pour les animes à travers sa série, il ne mentait pas. Evangelion rassemble toutes les faiblesses et les forces de ce média, nous délivrant ainsi une expérience unique, qu'importe notre réaction. Que l'on soit en admiration devant l'action ou la psychologie, ou au contraire que l'on déteste les personnages stéréotypes et leur l'immobilisme, la série ne laisse personne indifférent et demeure 20 ans après le passage obligé de toute personne s'intéressant de près ou de loin aux animes.

Et ça, c'est quelqu'un qui a détesté Evangelion qui vous le dit (maintenant si vous m'excusez, je dois fuir la horde de fanboys à mes trousses).

Verdict :8/10
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A propos de l'auteur

Alice Devil, inscrit depuis le 23/10/2012.
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